The Wanderer’s Treasures #15, Batman : New Gotham

Batman Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans l’édition spéciale Batman de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine une guerre des gangs, la promesse de l’immortalité, un anniversaire raté, une ville en reconstruction et même la méchante avec le nom le plus cool du monde. Tout ça dans Batman New Gotham : Evolution par Greg Rucka (Detective Comics, Punisher), Shawn Martinbrough (Challengers Of The Unknown), John Watkiss (Deadman)William Rosado (Green Arrow) et Phil Hester (The Darkness, Green Hornet). Ce trade paperback regroupe les numéros 743 à 750 de Detective Comics, sortis en 2000.

Avant de nous intéresser au contenu de ce volume, un petit rappel des évènements s’impose. A cette époque,  les titres Batman sortent du méga event No Man’s Land. Au cours de celui-ci la ville de Gotham, dévastée par un tremblement de terre, avait été « exclue » des Etats-Unis et déclarée un no man’s land par les autorités. Mais nombres de ses habitants avaient refusé d’évacuer la ville qui s’était transformée en une zone de non droit gouvernée par divers gangs (dont bon nombre étaient dirigés par des super vilains). Batman, ses alliés et les membres de la police de Gotham emmenés par James Gordon avaient essayé de ramener un semblant d’ordre dans ce chaos total. Finalement, après diverses manipulations, Lex Luthor avait réussi à faire réintégrer la ville au sein des USA et Lexcorp s’était retrouvée en charge de la reconstruction.

Batman Wanderer's Treasures Comic TalkC’est donc dans une Gotham à peine reconstruite que l’intrigue de ce trade paperback se déroule. Ou plutôt les intrigues. Car plus qu’une seule histoire, ce sont deux arcs et deux stand-alones qui s’enchaînent brillamment au sein de ce volume entièrement scénarisé par Greg Rucka. On commence avec Evolution. Trois mois après la fin du no man’s land, le crime organisé traditionnel (par opposition aux gangs du NML) a fait son grand retour à Gotham, malgré les efforts de Batman. Cinq gangs se partagent la ville : le Burnley Massive d’Able Crown, la Lucky Hand Triad d’Ekin Tzu, les colombiens d’Emanuel Escabedo, les russes de Vasily Kosov et la mafia représentée par Pasquale Galante. Ces cinq groupes sont parvenus à un modus vivendi et un semblant de paix règne à nouveau sur la ville. Mais une mystérieuse femme nommé Whisper A’daire (best name EVER !) et son acolyte Kyle Abbot vont venir semer à nouveau le trouble. Tous deux sont des agents de Ra’s Al Ghul et celui-ci semble bien décidé à déclencher par leur entremise une nouvelle guerre des gangs. Mais son plan ne s’arrête pas là et Greg Rucka fait montre de toute sa maîtrise du polar en mettant en place une intrigue complexe et tortueuse mais à l’efficacité imparable. Je ne vous en révèle pas la teneur exacte pour ne pas la déflorer, mais disons juste qu’elle a à voir avec la fameuse promesse d’immortalité évoquée plus tôt. Et qu’il y a un prix à payer.

Le numéro suivant est le premier des deux stand-alones et s’intéresse à l’anniversaire de l’inspecteur Renee Montoya du GCPD. Cet épisode est clairement le précurseur de la géniale série Gotham Central, centrée sur les agents du GCPD et co-écrite par Rucka et Ed Brubaker. On retrouve exactement la même ambiance. L’intrigue tourne autour de l’amitié née au cours de NML entre Renee et un Bat-vilain. Je ne dis pas qui encore une fois pour ne pas spoiler ceux qui n’auraient pas lu NML. Pour les autres, vous devriez vite trouver de qui il s’agit (rien qu’avec le titre).

Accessoirement ce numéro fait bien la transition avec Urban Renewal, l’arc suivant. Celui-ci nous plonge au cœur des problèmes de la nouvelle Gotham : les tensions entre les OGs (Original Gothamites, ceux qui sont restés pendant NML) et les Deezees (ceux qui ont fuit la ville et son revenus après la fin de NML). Les premiers, emmenés par Roberto Alonzo, se considèrent comme les grands oubliés de la reconstruction et reprochent aux seconds d’être privilégiés. Le maire de Gotham, lui-même un Deezee voudrait bien les faire taire. Et il a l’occasion rêvée quand des attentats sont perpétrés par des OGs contrent des chantiers de reconstruction. Mais les choses ne sont bien sûr pas aussi simples et Batman va démêler les fils de cette intrigue, plus simple que la première mais toute aussi efficace.

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Enfin l’ultime numéro de ce volume, Dependence, est un épilogue au premier arc. Batman avait en effet mis fin à l’opération de Ra’s Al Ghul à Gotham, mais n’avait pas détruit la racine du mal. Whisper A’daire et Kyle Abbot font leur retour ainsi qu’une vieille connaissance du héros : Talia Al Ghul, la fille de Ra’s. Rucka montre là sa fascination pour le vilain et la relation que lui et sa fille entretiennent, entre eux et avec Batman. Eléments qu’il développera plus tard dans Death And The Maiden, réalisé avec Klaus Janson. Pour ce qui est de ce Dependence c’est un bon numéro qui clôt bien l’intrigue débutée dans Evolution.

La qualité de l’écriture est d’ailleurs la grande constante dans tout ce recueil. Non seulement les intrigues de Greg Rucka sont fouillées et parfaitement construites, avec la juste dose d’action, mais en plus l’auteur fait preuve d’une rare maestria dans le traitement de ses personnages. Batman est bad-ass et sombre à souhait mais sans jamais tomber dans la caricature. Il est même plus humain qu’à l’accoutumée (dans sa relation avec Talia par exemple) alors même que Bruce Wayne est plus que jamais un masque. Whisper A’daire est fascinante, entre dévotion totale à Ra’s Al Ghul et génie machiavélique. Ra’s lui-même est impitoyable et fanatique, mais aussi froid et calculateur. Renee Montoya est attachante tant par sa force que par sa vulnérabilité et on sent bien en un seul numéro tout le potentiel de ce personnage qui sera l’une des stars de Gotham Central. Enfin James Gordon est juste sublime. On sent ses blessures héritées de No Man’s Land (il a perdu un être cher à la fin de l’event, encore une fois je ne dis pas qui ici par égard pour ceux qui voudrait découvrir cet excellente histoire). Le commissaire porte son deuil avec dignité et reste dévoué à la ville. Peut-être plus que de raison. Et surtout, la véritable relation d’amitié (et non plus seulement de « travail ») qu’il a liée avec Batman durant NML se ressent vraiment. Même les personnages secondaires sont marquants, qu’il s’agisse du maire arrogant et méprisant envers les OGs, ou du très bourru Harvey Bullock. Le scénariste réussit aussi à merveille à créer une véritable atmosphère pour son récit, nous plongeant dans l’ambiance tendue d’une Gotham plus divisée et dangereuse que jamais. Enfin on saluera son attention aux moindres détails et la façon dont il les exploite brillamment, des légendes chinoises auxquelles croît Ekin Tzu à la composition d’une bombe artisanale.

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Ainsi ce Batman est une réussite totale en termes d’écriture, et on peut dire la même chose au niveau du dessin. Déjà on notera une belle cohérence artistique malgré la présence de quatre artistes différents (bon en fait de trois, John Watkiss se contentant d’épauler Shawn Martinbrough sur quelques numéros). Chez Martinbrough et Hester le trait est très anguleux et stylisé, à mi-chemin entre du comic book réaliste « classique » et les séries animées de Bruce Timm. On est même assez proche des derniers films d’animation mettant en scène l’homme chauve-souris. Les ombres sont compactes et très bien utilisées (un must pour une telle série). Les mises en pages sont dans l’ensemble dynamiques malgré leur classicisme. On notera que sur les premières pages Martinbrough nous gratifie de quelques trouvailles dans ce domaine notamment les interventions successives de Batman contre les différents gangs et le medley d’images pour représenter tous les chefs de gang menacés en une fois. Idem à la fin du numéro pour l’assassinat perpétré par Kyle Abbot, avec un enchaînement nerveux de cases qui n’a rien à envier à Hollywood. Après il devient plus sage. Dommage, mais bon… William Rosado, responsable du stand-alone sur Renee Montoya, se démarque un peu avec un style plus classique, un peu plus détaillé, mais qui ne dépare pas.

Cependant le plus brillant c’est le parti pris de Wildstorm FX pour les couleurs. Chaque arc a sa palette ultra stylisée. Ici aucun souci de réalisme. Ainsi tout le premier arc est coloré uniquement en nuances de gris et rouge. Le stand-alone sur Renee Montoya en violet et jaune, l’arc suivant en bleu et ocre et le dernier stand-alone en gris et vert. Le résultat est aussi déconcertant que brillant. Les résultats en termes d’ambiance sont tout simplement parfaits. Un vrai risque qui paye. Mention spéciale au premier arc.

Ce volume de Batman est donc un petit bijou. Ecrit avec le brio et la finesse du Greg Rucka des grands jours, illustré avec talent, il bénéficie en plus d’un parti pris graphique osé pour ce qui est des couleurs. Si avoir lu No Man’s Land est incontestablement un plus pour l’apprécier pleinement, il reste cependant tout à fait accessible à ceux qui voudraient commencer par là, le scénariste prenant soin  de toujours rappeler ce qui doit l’être. Sur ce il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne lecture. Et gare aux murmures de la belle miss A’daire…

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