The Wanderer’s Treasures #17, Cowboys

Cowboys Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine des flics infiltrés, des gangsters, des terroristes (ou pas ? ou si ?), du hip hop et même le fantôme de Lénine. Tout ça dans Cowboys par Gary Phillips (That Man Flint, Angeltown) et Brian Hurtt (The Sixth Gun), graphic novel publiée dans la collection Vertigo Crime en 2011.

Cowboys n’est absolument pas un western, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire. Il s’agit en fait d’un pur polar noir. Violence, personnages ambigus et ambiance sombre à souhait sont au rendez-vous. Mais il y a aussi une intrigue superbement complexe et une fin qui ne manquera pas de vous surprendre. Oh et du sexe bien sûr. Pour paraphraser une formule utilisée par William Stout, Cowboys c’est Les Infiltrés qui rencontre American Gangster. Avec plus de nudité.

Cowboys Wanderer's Treasures Comic TalkLes Infiltrés à cause de l’intrigue. On suit les trajectoires de Deke Kotto, flic aux méthodes expéditives, et Tim Brady, agent modèle du FBI. Deke enquête sur le meurtre d’un avocat lié à Windscape, une entreprise servant au blanchissement d’argent sale. Il va donc être amené à infiltrer Windscape, faisant croire qu’il est là pour évaluer la politique sociale de l’entreprise. Tim, lui, est chargé de se rapprocher de Mig Coles, un cador du monde du hip hop (pensez Suge Knight, le boss de Death Row records, du temps de sa « splendeur »). Cela car Aziz, le cousin de Mig converti à l’Islam après avoir eu une vision du fantôme de Lénine (oui, je sais, mais c’est assumé), est soupçonné de financer des activités terroristes. Et Mig ferait partie des « donateurs ». Là où tout va se compliquer, et où les deux intrigues vont commencer à s’entrecroiser, c’est quand Mig va vouloir se mettre en affaire avec Ian Scarpagio, le PDG de… Windscape. A noter un détail amusant : celui qui infiltre le milieu hip hop, ce n’est pas le flic noir dur à cuir mais plutôt l’irlandais blanc bien propre sur lui. Là aussi c’est assumé et même bien exploité.

Je ne vais évidemment pas vous révéler tous les méandres de l’intrigue, mais la fin mérite qu’on s’y attarde (sans spoiler bien sûr). Alors qu’on croit s’acheminer vers un dénouement classique (les bandits se font coincer ou tuer, le pot aux roses est découvert,…) tout bascule au dernier moment sur un détail (très bien amené au passage). Ça aurait pu être une ficelle de l’auteur pour boucler une histoire qu’il peinait à achever, mais là ce n’est pas le cas. Au contraire, l’explosion de violence qui s’ensuit constitue une apogée magnifique aux trajectoires des deux personnages. Et les conséquences, auxquelles on assiste tout au long des dernières pages, sont un épilogue parfait. Et oui, en plus on apprend tout ce qu’on veut savoir et on a donc droit à une vraie fin, sombre et tragique comme il se doit.

Mais la plus grande force de Cowboys, comme de tout bon polar noir, bien plus que son intrigue c’est son casting. Et là Gary Phillips réussit le grand chelem. Déjà les deux personnages principaux (on ne peut vraiment pas parler de héros ici), Deke Kotto et Tim Brady, sont absolument parfaits. Ils sont très fouillés et surtout on les voit suivre des trajectoires radicalement opposées, à la manière de celles des personnages du film American Gangster (incarnés par Russell Crowe et Denzel Washington). En effet, comme dans le film de Ridley Scott, on se rend compte que celui présenté comme le « gentil » a plus que sa part de noirceur, et que le « méchant » n’est peut être finalement pas si mauvais que ça.

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Ainsi, au début Deke est un « cowboy » aux méthodes expéditives et un dragueur impénitent multipliant les coucheries (alors qu’il est marié). Mais à mesure qu’on le suit on découvre en lui un bon flic et même un homme plus dévoué à sa famille qu’on aurait pu le croire. Enfin, jusqu’à un certains point. Il n’est pas un saint non plus, loin de là. Tim Brady, lui, est au début le gendre idéal. Bon agent, heureux en ménage, tout y est. Mais à mesure qu’il se rapprochera de Mig Coles et de son milieu entre show business et gangstérisme, il connaîtra de plus en plus de tentations. Et finira par succomber à certaines.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Les supérieurs de Deke et Tim sont utiles à l’intrigue et bien écrits. Le capitaine Tsong, de la police, est un homme ambitieux dont les motivations tiennent plus à sa soif de promotion qu’à celle de justice. Et côté FBI, l’agent Penmore a son lot d’obsession concernant la sûreté du territoire. Dans les deux cas, ces traits de caractère vont leur jouer des tours. Et que serait un polar noir sans une femme fatale ? Ici le rôle est rempli par Jenny Estrada. Chanteuse sur le déclin, manipulatrice et décidée à s’en sortir par tous les moyens, elle saura tirer les ficelles de Tim comme de Deke. Mig Coles, on l’a dit c’est Suge Knight. Ghetto entrepreneur toujours à la limite entre légal et illégal, il déborde de charisme. Et même les personnages plus secondaires comme Ian Scarpagio, Aziz l’imam ou encore Minnie, mentor de Mig, son très réussis. Bref une belle galerie de personnages qui donnent toute sa saveur au récit.

Au dessin, Brian Hurtt tire magnifiquement parti du format particulier de la collection Vertigo Crime. En effet les ouvrages de cette ligne sont publiés dans un format plus petit qu’un comic ordinaire (grosso modo c’est à la taille d’un livre de poche) et en noir et blanc. L’artiste doit donc en tenir compte pour ses mises en pages et le fait très bien. Il y a moins de cases par pages, c’est nerveux, et malgré l’espace réduit les compositions sont excellentes. C’est riche et détaillé sans jamais être surchargé. Sont trait, dans la ligne de son œuvre sur The Sixth Gun, est entre classique old school et cartoon réaliste. Et pour tenir compte de l’absence de couleurs, les ombres sont plus présentes, plus compactes, pour un résultat superbe.

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Les designs des personnages sont excellents. Le physique imposant et les traits durs de Deke correspondent bien à la psychologie du personnage. Et sa transformation en employé de bureau pour sa mission est très réussie. De même la descente aux enfers de Tim Brady se reflète dans son apparence. Les autres protagonistes ont tous des « gueules » dans la plus pure tradition du noir. Mention spéciale à Hacksaw, la brute épaisse au service de Mig Coles. Et les demoiselles (à commencer par Jenny E, mais aussi la redoutable Daisy Butterfly) sont elles aussi sublimes.

Cowboys est donc un polar superbement écrit, servi par des personnages riches et fascinants. L’intrigue est bien ficelé et bénéficie d’une fin particulièrement efficace. Et Brian Hurtt sert parfaitement le récit, utilisant les particularités de la collection Vertigo Crime. Pour l’instant uniquement disponible en VO, ce volume a des chances d’être traduit comme beaucoup des publications de la collection (Sale Fric, Le Frisson,…). Alors n’hésitez pas, et suivez les destinées de Deke Kotto et Tim Brady, sur fond de Tupac ou Mobb Deep.

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