The Wanderer’s Treasures #23, Tomb Raider : The Greatest Treasure Of All

Tomb Raider Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine une chasse au trésor dans la jungle, un flirt, un peintre de génie et même un lion. En Amérique centrale. Si, si. Tout ça dans Tomb Raider The Greatest Treasure Of All, par Dan Jurgens (Superman, Thor) et Joe Jusko (cover artist pour Warlord Of Mars, Red Sonja et une pléthore d’autre titres). Ce one shot fut publié en 2005 par Top Cow après une gestation de plus de trois ans. Mais ça valait le coup d’attendre.

Tomb Raider. Une série qui a marqué l’histoire des jeux vidéo avec Lara Croft, son héroïne devenue icône de toute une génération, et même de plusieurs. Aussi connue que Mario ou Sonic, la belle aventurière anglaise a très tôt vécu une histoire d’amour avec les comics. Qui a oublié les crossovers Witchblade / Tomb Raiderdessinés par le regretté Michael Turner à la fin des années 90 ? Ou l’apparition de Lara dans Fathom (encore une fois accompagnée de Sara Pezzini), toujours sous le crayon de Mike Turner ? En plus de ces one shots (et d’une tripotée d’autres), Ms Croft a même eu droit à non pas une mais deux séries régulières. Tomb Raider, ainsi que Tomb Raider Journeys (scénarisée par la talentueuse Fiona Kai Avery, protégée de Joe Straczynski). Mais ce ne sont pas à ces titres sympathiques que nous allons nous intéresser aujourd’hui (ce sera pour une autre fois). Non, nous allons plutôt nous attarder sur un one shot justement, le fameux The Greatest Treasure Of All.

Quand il est sorti ce comic avait des allures de Saint Graal. Déjà parce que dire qu’il s’est fait désirer est un doux euphémisme. Pour être franc on n’y croyait même plus. Mais surtout parce qu’il est l’un des trop rares exemples du travail de Joe Jusko non pas seulement en temps que cover artist, mais pour des intérieurs. Et à voir ce que cela donne on se dit que l’artiste, s’il avait été un peu plus productif en la matière, pourrait être une légende vivante au même titre qu’Alex Ross (Marvels, Kingdom Come).

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Que dire de ses peintures, si ce n’est qu’elles donnent tout leur sens au mot de photoréalisme. C’est bien simple, devant certaines planches on se demanderait presque si ce n’est pas du roman photo. Grâce à son trait et à son coup de pinceau bien sûr. C’est superbement détaillé et techniquement parfaitement irréprochable. Les effets et jeux de lumière sont sublimes, parfaitement rendus, digne des maîtres Hollandais du siècle d’or (les Johannes Vermeer et autres Rembrandt ou Frans Hals). Et sans ordinateur évidemment. Il y a aussi ce grain magnifique de l’image, les textures de la peau, des vêtements, de la pierre ou de la végétation. Bref tous ces minuscules détails qui font de chaque page, de chaque case même, une véritable œuvre d’art.

Les visages sont eux aussi d’un réalisme saisissant. Expressifs sans jamais en rajouter, jamais figés. Comme ses personnages qui se meuvent avec naturel, n’ont jamais l’air de statues. Lara Croft n’a jamais semblé aussi vivante, qu’elle plonge tout en canardant ses adversaires avec ses célèbres pistolets, ou même qu’elle soit juste assise en train de prendre le thé. Le tout est sublimé encore une fois par une attention quasi obsessionnelle au moindre détail, à la moindre ride, la moindre mèche de cheveux ou plis de vêtement. Une attention que l’on retrouve aussi dans le soin minutieux apporté à chaque décor. Jungle, temple perdu, bref les classiques de l’aventure, parfaitement rendus ici, et on pourrait passer des heures à les contempler. Mais le talent de Joe Jusko ne s’arrête pas là.

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Car si on n’a là tous les ingrédients pour un artbook à tomber par terre ou des affiches de cinéma dignes de celles de Drew Struzan (Star Wars depuis les éditions spéciales, Indiana JonesBlade Runner), il ne faut pas oublier un élément essentiel de tout comic réussi : le storytelling. Et là encore Joe Jusko se distingue. Ses mises en page sont d’un dynamisme exemplaire, qui sied parfaitement à un récit d’aventure aussi endiablé. Ses cadrages sont à l’avenant. Et surtout, malgré la profusion de détails à chaque case, à chaque page (croyez moi vous ne verrez pas beaucoup de blanc), on n’a jamais l’impression d’être face à quelque chose de trop chargé. Tout est au contraire bien aéré, parfaitement lisible.

Bref vous l’aurez compris, on peut se jeter sur Tomb Raider The Greatest Treasure Of All rien que pour ses sublimes dessins. Mais il ne faut pas non plus oublier que ce comic est doté d’un scénario. C’est donc Dan Jurgens, le scénariste de la série régulière Tomb Raider à l’époque qui s’en charge. Et c’est digne de sa production en la matière. Comprenez que ça ne restera pas dans les annales de la littérature, mais que c’est quand même diablement agréable à lire, et même franchement bien ficelé.

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Lara Croft est donc à la poursuite d’un mystérieux trésor, en compagnie de Chase Carver. Le nom ne vous dira rien si vous ne connaissez la belle qu’à travers les jeux vidéo ou films. Il était un personnage secondaire récurrent de la série régulière : l’aventurier beau gosse et gouailleur, un brin cupide, franchement dragueur mais avec bon fond. Et ex de Lara. Un personnage classique donc, mais bien exploité par Jurgens, son créateur, pour humaniser son récit. Et son héroïne. Car sous la plume de l’auteur Lara Croft est avant tout l’icône qu’on connaît. L’aventurière intrépide, astucieuse, toujours un bon one liner à la bouche, mais au final un peu froide. Sauf quand elle interagit avec Chase donc. Là on a droit à une Lara bien plus humaine. Plus réelle. Les deux « ex-amis-ils ne savent pas trop » flirtent, se chamaillent, plaisantent, avec des dialogues savoureux et bien écrits. Les vilains sont quant à eux anecdotiques, mais c’est classique dans les histoires d’aventure où on leur demande surtout de tirer sur le héros et d’être battus à la fin. Ce qui compte c’est l’enchaînement frénétique des évènements.

Et de ce côté-là Dan Jurgens assure. Crash en avion, fusillades, piège dans un temple caché, tout y est. Le rythme est parfaitement géré et on ne s’ennuie jamais, sans non plus se sentir pressé. La rencontre avec le fameux lion est une ficelle scénaristique bien utilisée, de même que la révélation sur la réelle nature du trésor, bien teasée tout au long de l’histoire via des flashbacks opportuns. Jurgens manie d’ailleurs efficacement l’art du retour dans le temps. Ainsi il nous largue in media res au début du récit mais fait en sorte qu’on ne soit jamais perdu. Joli.

Tomb Raider The Greatest Treasure Of All est donc un très bon récit d’aventure. Endiablé et bien écrit il devrait satisfaire les amateurs du genre autant que les fans de Lara Croft. L’héroïne est bien campée et son association avec Chase fonctionne on ne peut mieux. Mais ce qui fait passer ce comic de la catégorie « bon titre » à celle de « petit bijou », ce sont incontestablement les merveilleuses peintures de Joe Jusko. Chaque page est une œuvre d’art à savourer sans modération. Avec une tasse de thé, of course

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