The Wanderer’s Treasures #30, Artesia

Artesia Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine une armée en campagne, une reine guerrière, de la magie, une mythologie digne de Tolkien et même du sexe. Beaucoup de sexe. Tout ça dans les trois volumes d’Artesia par Mark Smylie, publiés chez Archaia Studio Press entre 1997 et 2007.

Trois volumes donc, ArtesiaArtesia Afield et Artesia Afire, publiés à un rythme digne de la BD franco-belge. Et une quatrième mini-série, Artesia Besieged, est en cours de publication. Depuis 2006. Le troisième numéro est sorti en 2009. Bref vous l’aurez compris cette série n’est pas pour les impatients. Mais elle vaut largement le coup d’attendre.

Artesia est une histoire d’heroic fantasy, mettant en scène l’héroïne éponyme. Celle-ci est la concubine deBranimir de Huelt, roi de Daradja dans les Highlands. Et surtout elle est l’un des capitaines du roi, menant son armée dans les batailles. Mais ses nombreux succès, son audace, ainsi que ses dons de magicienne, en font une personne dangereuse. Et jalousée. Si bien que son roi et amant la trahira, reniant les traditions de Daradja et s’alliant à la court du Sun King des Midlands.

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Ce sera le début de l’épopée d’Artesia, qui défiera son ancien maître sur le champ de bataille dans le premier volume de la série. Et si elle triomphera, ses ennuis eux ne feront que commencer. Car au même moment l’empire de Thessid-Gola, allié aux mythiques rois Islikids, déclare la guerre au Midlands. Et Artesia de décider d’offrir le concours de Daradja au Sun King, l’ennemi d’hier.

C’est donc Artesia en campagne que l’on suivra dans les deux volumes suivants. Mais surtout c’est Artesia devenant une reine, succédant à Branimir sur le trône de Daradja. Et sa métamorphose est aussi passionnante à suivre que toutes les batailles. Car la redoutable guerrière est un personnage magnifiquement complexe. Une guerrière féroce mais capable de compassion. Un stratège avisé et astucieux, qui devra apprendre que tous les problèmes ne peuvent se résoudre à la pointe de l’épée. Une femme ambitieuse, désireuse de mettre sa marque sur le monde, mais jamais arrogante au point d’ignorer le doute. Et une amante passionnée pour qui le sexe est à la fois plaisir, sacrement, et exutoire. Et très explicite, donc ce titre n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Si la terrible reine, comme la surnomment ses adversaires, domine cette saga par son charisme, il convient de souligner que les multiples personnages secondaires, alliés comme ennemis (et entre les deux) remplissent tous parfaitement leur office. Stjepan, le frère voyageur d’Artesia est un conseiller avisé, comme Sava, l’amie et bras droit de l’héroïne. Les divers seigneurs sont des rivaux redoutables. La duchesse Ilyana, si elle n’apparaît que dans Afire, n’en est pas moins passionnante. Et même les ennemis s’avèrent captivants.

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C’est là un exemple de la parfaite maîtrise de la narration de Mark Smylie. A l’image de ses dialogues, toujours justes. L’auteur a d’ailleurs une plume qui évoque irrésistiblement le romancier anglais David Gemmell. En effet l’auteur de la saga Drenai est passé maître (entre autre) dans l’art de narrer les sièges et les batailles désespérées qu’ils entraînent, le tout en développant ses personnages et en faisant avancer son intrigue. Mark Smylie utilise quant à lui la vie d’une armée en marche comme toile de fond, mais réussit tout aussi bien à faire vivre son intrigue.

Mais là où Smylie impressionne réellement, c’est par la richesse de l’univers qu’il a créé. Le monde qu’il met en place est complexe, digne des meilleures sagas d’heroic fantasy telles que Game Of Thrones (Le Trône De Fer) de George R. R. Martin. Il faudrait une encyclopédie pour retracer l’histoire des divers royaumes, empires et souverains, distillée aux fils des épisodes. Heureusement l’auteur en a conscience, et si son récit est dense il ne devient jamais indigeste loin de là. Cela grâce aux nombreuses pages bonus contenues dans chaque volume et comptant cette histoire par le biais de légendes et récits.

Et au-delà du monde physique, c’est tout un cosmos qui est créé, un panthéon de dieux et déesses innombrables, de fantômes, d’esprits gardiens et de monstres comme les Islikidae. C’est digne du Silmarilion de J. R. R. Tolkien (oui, en moins fouillé quand même, ne commettons pas de crime de lèse majesté), et encore un fois très digeste grâce à la judicieuse exploitation des bonus. Les divinités sont mentionnées dans le récit, on assiste à leur manifestation tel que celle d’Irré le soleil noir, de Geniché après les batailles ou du redoutable Black Hunter. Et ensuite on découvre les mythes en prose.

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Et enfin comment ne pas parler des magnifiques peintures, toujours de Mark Smylie. Quand on les voit, on comprend pourquoi il faut attendre si longtemps entre chaque volume. Le trait de l’artiste est très européen, avec une pointe d’Olivier Coipel (House Of M, The Mighty Thor) pour les silhouettes plutôt trapues des personnages. Les détails ne manquent pas, la moindre pièce d’armure étant représentée à la perfection. Les designs des personnages, à commencer par Artesia, sont magnifiques. Et il en va de même des fantômes et divinités qui peuplent le récit. La narration est impeccable, là encore malgré sa densité. Chaque centimètre carré de papier est mis à profit, et chaque page se dévore, qu’il s’agisse des batailles ou des scènes plus posées (ou plus intimes…). La palette de couleurs, très recherchée et tirant souvent sur l’ocre, est touche finale parfaite.

Artesia est donc une fresque épique, la destinée d’une femme exceptionnelle dans un monde d’une richesse proprement incroyable. Mark Smylie crée une héroïne charismatique et au caractère fouillé, et surtout un univers digne des grands classiques de l’heroic fantasy. La narration progresse à chaque chapitre et à chaque volume. Et les dessins sont tout simplement magnifiques. Alors n’hésitez pas, suivez la terrible reine sous le regard impitoyable d’Irré…

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