The Wanderer’s Treasures #31, Earp : Saints For Sinners

Earp Saints For Sinners Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine la famille Earp, des flics corrompus, Doc HollidayJesse James et son gang, et même pas d’Ok Corral. Tout ça dans Earp : Saints For Sinners par une tripotée de créateurs. Jugez plutôt : David Manpearl (un cinéaste) et Matt Cirulnick(idem) sont à l’origine du projet. Le second est aussi co-scénariste avec M. Zachary Sherman (Shrapnel: Aristeia Rising). Niveau dessin ce sont Mack ChatterMartin Montiel Luna (The Darkness, Zendra) et Colin Lorimer (Dark Horse Presents) qui s’y collent (enfin surtout Lorimer, seul crédité à partir du numéro 2). Les couleurs sont de Kyushik Shin (qui fut directeur artistique chez Sony, Activision, Rockstar). Et je vous passe les participations de Joe Benitez (The Darkness), Rod Pereira (Dungeons & Dragons Black and White) et J. K. Woodward (Fallen Angel) au découpage pour le numéro 1. Le tout fut publié chez Radical Comics en 2010 et en 4 numéros. Ouf.

Avec une telle quantité de papas, Earp : Saints For Sinners avait tout pour être un fourre-tout aussi indescriptible qu’incohérent. Heureusement il n’en est rien, et Matt Cirunick et M. Zachary Sherman livrent une excellente histoire dont on sent bien qu’ils sont les seuls maîtres.

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Cela déjà parce qu’avec David Manpearl, ils posent un univers des plus intéressants et même relativement original. En effet, à voir les noms des personnages (Wyatt EarpJesse James…) on s’attendrait à lire un western pur jus. Or il n’en est rien. Ou pas grand-chose. L’intrigue se déroule dans le futur proche, environ 2030, dans un monde frappé de plein fouet par la crise économique (tiens…). L’Amérique est devenue un territoire sans foi et avec très peu de loi, où les riches se gavent et les nouvelles célébrités sont les criminels qui les dépouillent.

Le peu de loi, c’est Wyatt Earp qui se chargeait de la faire respecter, d’abord avec son partenaire Doc Holliday, puis avec ses frères Morgan et Virgil. « Chargeait » car au début de la série il a raccroché son étoile de marshallet à ouvert un casino à Las Vegas, la dernière « boomtown » du pays, avec Doc Holliday. Et c’est à l’agencePinkerton, qui contrôle la ville avec l’aide du maire Flynn, que le héros va devoir se frotter. Sachant que sa nemesisJesse James, va se mêler à tout ça en tentant le casse du siècle.

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Tout au long de la mini série on va passer du conflit entre le clan Earp et les Pinkertons, dans le présent, aux évènements qui ont conduit Wyatt à se retirer et ouvrir son casino, dans le passé récent. L’alternance entre flashbacks et présent est parfaitement gérée par les auteurs. On n’est jamais perdu, et on découvre ainsi une intrigue certes directe, mais néanmoins assez fouillée. Les rebondissements ne manquent pas, l’action est aussi intense que bien dosée, avec une confrontation finale épique en guise de point d’orgue. Et l’histoire d’amour entre Wyatt et la chanteuse Josie est bien amenée.

Les personnages sont d’ailleurs tous très bien traités par les auteurs. Dans l’ensemble, ce sont bien eux qui portent le récit. Wyatt Earp est charismatique et attachant dans son rôle de dernier homme bien dans un monde en perdition. Son attachement à la loi comme ses doutes ne font pas artificiels et lui donnent une profondeur bienvenue. L’impétueux Morgan Earp est son parfait complément, et s’avère tout aussi attachant.

De même que Jesse James, l’archétype du vaurien qu’on ne peut qu’aimer, pas dénué d’honneur ni d’humour. Doc Holliday, enfin, complète bien ce casting impeccable, en étant entre Morgan et Wyatt, et surtout en ayant son lot de secrets et un lourd passé (et ceux qui connaissent le personnage historique apprécieront le petit clin d’œil à sa santé à la fin du récit). Josie est plus intéressante qu’il n’y parait et s’avère être un personnage certes secondaire mais tout de même assez fort. Les bad guys, à commencer par Allan Pinkerton, sont plus unidimensionnels (même si celui-ci réservera quelques surprises au lecteur), mais servent bien l’histoire.

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Enfin, comme pour la quasi-totalité des productions Radical, la partie artistique a bénéficié d’un soin tout particulier. Si vous ne devez retenir que deux noms de l’inventaire à la Prévert du premier paragraphe, que ceux-ci soientColin Lorimer et Kyushik Shin. Le premier s’occupe des crayonnées et mises en page avec brio. C’est très dense mais toujours on ne peut plus lisible. L’action est bien chorégraphiée, avec quelques duels queSergio Leone n’aurait pas reniés. Les visages sont expressifs et tous les personnages ont des « gueules » qui leur vont bien, du très droit Wyatt au voyou Jesse en passant par l’envoûtante Josie. On notera juste que « Big Nose » Kate a perdu aussi bien son surnom que l’appendice qui le justifiait. Le Las Vegas quasi-cyberpunk où se déroule le récit est aussi impeccable, entre néons racoleurs et atmosphère oppressante.

Et tout ceci ne serait rien sans les couleurs de Kyushik Shin (j’adore ce nom). Alors oui, comme toujours chezRadical, c’est du digital painting qui fera hurler les puristes. Mais si vous n’êtes pas allergique par principe à cette technique, vous ne pourrez qu’être séduit(e). La palette de couleur, sombre et dans les jaunes sales, sert parfaitement l’ambiance oppressante évoquée plus tôt. Et le tout donne un côté Lee Bermejo (Joker, Luthor) au dessin du plus bel effet (avec parfois une pointe d’Arthur Suydam).

Earp : Saints For Sinners est donc un excellent récit, entre polar noir et western moderne. L’intrigue est suffisamment riche pour ne pas lasser malgré son classicisme, et quelques thèmes intéressants sont même évoqués (la célébrité des criminels…). Et surtout les personnages sont tous fouillés et traités avec justesse, à commencer par Wyatt Earp. Comme toujours chez Radical, la partie artistique est très chiadée avec des peintures sombres et élégantes. Alors servez vous un bon whisky, cachez quelques as dans vos manches, et embarquez sans plus attendre pour Las Vegas…

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