The Wanderer’s Treasures #33, Stumptown

Stumptown Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine Portland, la plus malchanceuse des détectives privés, une voiture pourrie et même une pub dans l’annuaire. Tout ça dans Stumptown par Greg Rucka (Wolverine, Detective Comics, Felon) et Matthew Southworth (Punisher), mini série publiée chez Oni Press en 2009.

Stumptown est probablement l’exemple le plus typique d’un comic écrit par Greg Rucka. On y retrouve en effet tous les éléments caractéristiques du travail de l’auteur : une héroïne forte mais avec un sacré bagage, une enquête, une atmosphère, et surtout un soucis exacerbé de réalisme.

Stumptown Wanderer's Treasures Comic Talk

Tout commence par une scène vue mille fois dans les polars. Deux hommes de main à la mine patibulaire conduisent une voiture vers un coin désert. Il la garent et ouvrent le coffre. Une jeune femme est enfermée à l’intérieur. Vivante. Et qui essaie de s’en sortir à grand renfort de baratin. Mais rien n’y fait. L’un des porte flingue dégaine et l’abat de deux balles. Bienvenue dans le monde de Dex Parios, l’héroïne de Stumptown.

Alors non, ce n’est pas le comic le plus court du monde ou le personnage principal meurt au bout de cinq pages. La demoiselle s’en sortira, par une pirouette classique mais bien amenée. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que tout au long du récit elle n’aura pas la vie facile. Tout commence en fait 27 heures plus tôt, quand Dex perd ses derniers dollars sur un tapis de craps. Elle en doit 7616 au casino et ne les a pas. Mais la propriétaire, Sue-Lynn Suppa va lui faire une fleur. Que Dex retrouve Charlotte, sa petite-fille qui a disparu mystérieusement, et son ardoise est effacée. Car Dex est détective privé. N’ayant pas le choix, elle se lance sur la piste de la disparue. Au cours de son enquête elle croisera le chemin d’un caïd du crime local, se fera tabasser (souvent), trahir (tout autant) et même tirer dessus. Bref un journée comme les autres chez Stumptown Investigation (taking beatings so you don’t have to).

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Greg Rucka nous livre ainsi un excellent polar, qui réussit le tour de force de combiner les éléments d’un bon « whodunit » (on se demande VRAIMENT pourquoi Charlotte a disparu) et l’atmosphère d’un polar noir. Et surtout son histoire est d’un réalisme saisissant. Tout parait on ne peut plus vraisemblable. Les criminels n’ont pas l’air d’extra du Parrain ou du dernier clip de 50cent. Leurs motivations sont tout à fait crédibles et simples. Il n’y a pas de scène d’action spectaculaire chorégraphiée au millimètre, ni même de fusillade à la John Woo (c’est plutôt tout en improvisation, pour ne pas dire en catastrophe). Mais l’histoire n’est pas ennuyeuse pour autant, loin de là. Elle progresse bien, connaît de nombreux rebondissements dont aucun n’est capillo-tracté, et le final vaut son pesant de cacahouètes ne serait-ce que pour son ingéniosité.

Mais le pilier sur lequel Stumptown repose est incontestablement Dex Parios, le prototype de l’héroïne « ruckaïenne » (pardon pour le barbarisme). Elle est opiniâtre, pour ne pas dire plus têtue qu’un élevage de mules. Et c’est ce trait de caractère qui lui tient lieu de talent en matière d’investigation. Car si elle est observatrice et plutôt intelligente, elle n’a pas non plus les talents surhumains d’un Sherlock Holmes ni même ceux de la première miss Marple venue. Mais elle s’obstine. Ajoutez à cela un talent certain pour l’art de la répartie (grâce à des dialogues ciselés à la perfection et d’un naturel saisissant) et vous avez un personnage des plus sympathiques. Mais Rucka ne s’est pas arrêté là.

Il a en effet soigné son personnage avec mille et un détails pour la rendre plus riche, est surtout plus humaine. Des détails, qui n’ont pas forcément de raison d’être liée spécifiquement à l’histoire mais qui donne de l’épaisseur à miss Parios. En effet la demoiselle a un sacré bagage. Il y a son prénom, d’abord : Dexedrine. Mais aussi son goût pour le jeu, et surtout son absence totale de talent dans cet exercice. Elle manque d’argent, roule dans un tas de ferraille, et doit en plus s’occuper de son frère handicapé mental. En plus elle se trimballe une poisse noire. Mais on ne tombe jamais dans le pathos ni le sordide ou la caricature. En fait tous ces éléments font qu’on s’attache encore plus à elle.

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Les autres personnages sont tous aussi réussis. Hector Marenco, le principal criminel de la région, est parfait. On apprécie ses tentatives pour maintenir une façade respectable, son arrogance et son intolérance, et surtout son côté impitoyable. Particulièrement en ce qui concerne ses enfants. Oscar est le raté de la famille, la petite frappe qui se rêve caïd alors qu’il a tout sur un plateau, et n’a même pas le talent pour ça. Et l’intrigante Isabel, ambitieuse et amère d’être une femme dans un monde désespérément masculin, est un personnage riche et fascinant. Ajoutez à cela les deux brutes au front bas Dill et WhaleTracy Hoffman, l’amie policière de Dex, et vous avez un casting de rêve.

Le tout illustré à la perfection par Matthew Southworth, et l’ambiance lui doit beaucoup. Son trait est réaliste est sobre, à l’image du récit. Son story-telling est à l’avenant, réussissant à la fois à avoir un côté cinématographique et stylé (la séquence d’ouverture en est un splendide exemple), tout en évitant les effets faciles. Si on voulait comparer on pourrait évoquer Michael Gaydos (Alias) ou Michael Lark (Gotham Central, Daredevil) voire Sean Phillips (Criminal). Tous les personnages sont à la fois parfaitement reconnaissables et saisissants de réalisme. Dill et Whale, les deux brutes, sont de bons exemples. Ils ont tout l’air minable de voyous à la petite semaine. Dex est parfaite dans le genre jolie mais pas pin-up. Et ainsi de suite pour tous les personnages. Bref on a une symbiose parfaite entre le scénariste et l’artiste.

Stumptown est donc un excellent polar, très réaliste, à mi-chemin entre noir et « whodunit ». Il est porté par une héroïne attachante, qui réinvente le cliché du détective privé en galère et l’intrigue est prenante et bien construite. Les dessins servent parfaitement celle-ci et créent une ambiance superbe. Enfin sachez que le hardcover regroupant l’intégralité de la mini-série est rempli de bonus géniaux, à commencer par une histoire courte très drôle ou Dex doit convaincre un mauvais payeur de régler son garagiste. Et il y a aussi plein de petites trouvailles comme une fausse page d’annuaire avec la pub pour l’agence de Dex. Alors n’hésitez pas, voilà le numéro à appeler…

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