The Wanderer’s Treasures #36, Elektra : Glimpse And Echo

Elektra Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine des ninjas, des chats, des fantômes, et même du jazz. Tout ça dans Elektra Glimpse And Echo par Scott Morse (Catwoman, Plastic Man), mini-série en quatre numéros publiée en 2002 chez Marvel Knights.

Elektra est un personnage difficile à utiliser pour Marvel. Elle fait indéniablement partie des principales héroïnes de la maison des Idées, ne serait-ce que grâce au rôle que Frank Miller lui a donné jadis dans Daredevil (The Death Of Elektra, ça vous dit quelque chose ?). Bill Sienkiewicz a aussi aidé la belle à marquer les esprits avec son classique Elektra Assassin (scénarisé par Miller). Mais malgré tout cela, la ninja grecque a toujours eu du mal chaque fois qu’une série régulière lui a été consacrée. Les tentatives de Marvel d’en faire son porte drapeau (notamment à l’époque du film Daredevil et de l’immonde nanar Elektra qui en fut le spin-off) se soldèrent d’ailleurs par un échec. La faute à une profession, assassin, qui en fait un personnage moralement plus qu’ambigu et donc délicat à ériger en héros.

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Ce n’est sûrement pas Glimpse And Echo qui tranchera ce nœud gordien scénaristique, la psychologie du personnage n’étant pas vraiment abordée. Mais cette mini a bien d’autres atouts. Tout commence dans un cimetière, sur la tombe du père d’Elektra. Et c’est là qu’on prend une première claque visuellement parlant. Le vent dans les herbes et les cheveux de l’héroïne, les couleurs éthérées… On est tout de suite mis dans l’ambiance. Le graphisme ultra stylisé de Scott Morse fait des merveilles. Il se situe quelque part entre Darwyn Cooke (The Spirit, The New Frontier), Frank Espinosa (Killing Girl) et peut être même un soupçon de Kyle Baker (Truth, Deadpool Max).

Les visages sont très simplifiés mais tous immédiatement reconnaissables, les décors très géométriques mais toujours fouillés. En fait on peut aller jusqu’à dire que l’apparente simplicité du trait n’est en réalité qu’une façade qui masque sa richesse et sa complexité. Beau paradoxe. Les couleurs sont aussi superbes. Jamais réalistes mais pas non plus totalement fantaisistes, elles contribuent en permanence à créer une atmosphère pour le récit. De même que les mises en pages qui alternent habilement le très classique (mais néanmoins efficace) et une bonne dose d’originalité. A noter que les séquences d’action sont particulièrement réussies de ce point de vue, notamment la bataille finale.

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Mais si cette mini fonctionne si bien, ce n’est pas seulement grâce à sa patte graphique. C’est plutôt parce que ladite patte sied parfaitement à l’histoire racontée, la transcende même. Tout commence donc dans un cimetière comme annoncé plus tôt, ou un chat noir apparaît devant, et lui permet de découvrir la présence d’un ninja de La Main. Le problème c’est qu’à cette époque, La Main était sensée avoir presque totalement disparue. Le ninja, en plus d’attaquer la jeune femme (il faut bien hein) lui remet un message : elle doit se rendre dans un bar nommé Moonshine’s et y rencontrer un dénommé Rick. Très Casablanca comme il dit. Là-bas Elektra accepte un contrat, sans poser de question, comme toujours. Mais surtout elle remarque une photo du jazzman Buddy « Black Cat » Crawford (vous le sentez venir là ?), mort sur scène 10 ans plus tôt. Et dont le fils Lyle, est une étoile montante : un basketteur qui envisage de se présenter aux élections pour le Congrès. Ceci grâce à ses bienfaiteurs, une organisation caritative nommée… La Main. Tout est en place.

Elektra va ainsi se retrouver mêlée, un peu malgré elle, au grand complot de ses anciens maîtres pour ressusciter le défunt ordre ninja. Heureusement elle recevra une aide franchement inattendue : celle du fantôme de Buddy Crawford, qui veut qu’elle tire son fils des griffes de La Main (désolé…) d’une manière qu’on qualifiera pudiquement de radicale. Le tout donne une intrigue qui allie habilement une ambiance de polar noir (pour l’environnement urbain, les contrats passés dans les arrières salles de bars…), thriller (pour le complot de La Main) et mysticisme. Ce dernier élément est essentiel et donne tout son cachet à l’histoire. Au fur et à mesure qu’elle avance, réalité et fantasme se mêlent de plus en plus. Les chats, fantomatiques et omniprésents (à commencer par le matou noir du début), mystérieux et élégants, en sont le symbole visuel récurrent. En parlant de visuel, on en revient d’ailleurs au graphisme de Scott Morse, qui marque toujours de manière à la fois subtile mais parfaitement claire, le passage de la réalité au fantasme. Les dernières pages de la série sont à ce titre particulièrement réussies.

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Enfin, si les personnages ne sont pas dans l’ensemble très fouillés (l’histoire est clairement plus event driven que character driven diraient les anglo-saxons), ils restent suffisamment réussis pour retenir notre attention. A ce titre Buddy Crawford est la clé de voute émotionnelle du récit : le fantôme du jazzman inquiet pour son fils est particulièrement touchant. Elektra, elle, est glaciale et dangereuse. Bref fidèle à elle-même. Ces caractéristiques, qui la rendent difficile à utiliser en temps qu’héroïne d’une série régulière (bonjour l’empathie avec le personnage), deviennent un atout dans une mini-série. Et ses répliques (comme l’ensemble des dialogues d’ailleurs) sont souvent très bien écrites, contribuant au côté « noir » de l’ambiance.

Elektra Glimpse And Echo est donc une très bonne histoire, mêlant adroitement polar et mysticisme ninja, complot et action spectaculaire. Le tout servi par un graphisme stylisé à la fois magnifique à contempler et qui sied parfaitement au récit. Il le transcende même, créant une atmosphère envoûtante qui lui donne tout son charme. Alors mettez un bon disque de jazz en fond (pourquoi pas Basin Street Blues ?) et suivez le chat noir si vous l’apercevez…

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