The Wanderer’s Treasures #41, The Activity vol.1

The Activity Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures, au programme cette semaine des opérations secrètes, des noms de code, de la high tech et même du jargon militaire. Tout ça dans The Activity Vol 1 par Nathan Edmondson (Who Is Jake Ellis, Grifter) et Mitch Gerads (Doctor Who, Planet Of The Apes). Ce tpb publié par Image en 2012 regroupe les numéros 1 à 5 de la série régulière.

The Activity est un comic d’un genre plutôt original dans le paysage actuel. Les titres de thriller/espionnage sont certes assez répandus, mais ceux qui suivent une équipe de forces spéciales le sont un peu moins (de mémoire on peut penser à The Losers). Et si on ajoute qu’ici le sujet est traité de manière ultra réaliste, force est de constater qu’on est face à une vraie rareté (Queen And Country est bien loin aujourd’hui).

En parlant de réalisme, petit conseil de lecture au passage : vous pouvez zapper l’intro tout en taratata zim boum à la gloire des vaillants soldats US, qui n’apporte rien. Par contre jetez un œil au petit lexique à la fin de l’ouvrage, il vous aidera bien (sauf si vous savez déjà ce que signifie CATFU ou BOHICA, ou ce que désignent les sigles SIGINT, INSCOM ou JSOC). Et oui, ça jargonne un peu, ça fait aussi partie du plaisir.

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Mais plongeons nous sans plus attendre dans le monde d’ombre de The Activity. On suit dans les pages de ce recueil l’équipe Omaha, rattachée à l’ISA (Intelligence Support Activity). Leur mission est simple : rattraper les bourdes des autres agences d’espionnage et équipes d’intervention. Et parfois improviser brillamment pour éviter lesdites bourdes.

L’équipe est composée de cinq membres : Danny « Weatherman » Locke, le leader, Luke « Switchfoot » Styles, l’impétueux, Francis « Speakeasy » Doyle, l’intellectuel, Zoe « Bookstore » Dallas, la coordinatrice et enfin Leslie « Fiddler » Ryan, la petite dernière qui remplace un membre décédé de l’unité. Ce sont là les seuls véritables personnages de la série. Les autres ne méritent même pas le titre de second rôle, seulement celui d’utilités (allez, avec une toute petite mention spéciale à Speedy, un soldat qui a au moins droit à quelques lignes de dialogue importantes).

Ce constat peut surprendre, mais loin d’être une faiblesse, il contribue au contraire à donner un véritable cachet à l’œuvre de Nathan Edmondson. Car s’il y a bien une chose à retenir de The Activity, c’est la technique d’écriture intelligente et originale adoptée par le scénariste.

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Chaque numéro est un stand-alone, consacré à une mission, à la manière d’un épisode de série TV. Et l’ensemble forme un tout cohérent par le biais des héros récurrents qu’on apprend peu à peu à connaître. Chaque mission est un exercice de style pour l’auteur. La première, classique et sans accroc (effacer les traces d’un agent de la CIA qui a dû plier bagage précipitamment), sert de présentation de l’équipe. Une introduction efficace, notamment pour la petite nouvelle, Fiddler (et une chouette origine pour son nom de code, référence à Néron).

Mais dès la deuxième, une bonne dose d’ambiguïté morale est introduite. Il est question d’un agent capturé, mais pas de happy end. Et juste comme ça on réalise qu’on n’est pas dans un univers noir et blanc. Pour le troisième numéro, on ne voit pas la mission à proprement parler, on sait juste qu’elle a été un fiasco, et nos héros doivent gérer cet échec. Un huis clos qui les humanise beaucoup. Pour la suivante notre petite équipe va devoir exfiltrer un baron de la drogue, et surtout improviser. Et pour la dernière impossible de vous en révéler la teneur sans gâcher un switch final bien trouvé.

Soulignons plutôt le fait que chaque intrigue est très bien ficelée, avec son lot de rebondissements et de suspens et une tension omniprésente. Une belle prouesse en seulement 22 pages à chaque fois, réalisée notamment avec une utilisation très judicieuse des flashbacks. Mais surtout à chaque fois c’est très sobre et réaliste. Pas de poursuite « Jason Bournesques » ou de déluge d’explosion à la Losers. Même les gadgets utilisés sont crédibles (je ne garantis pas qu’ils existent, hein, sinon j’en voudrais bien un ou deux). L’univers de la série est aussi dépeint efficacement, via les conversations avec la hiérarchie. Et on appréciera ces scénettes qui nous dévoilent le passé des personnages (pour Weatherman), leur vie hors de l’unité (pour Speakeasy notamment), ou même au sein de celle-ci (le bizutage de Fiddler et sa vengeance), autant de touches d’humanité bienvenues.

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Et comme vous devez commencer à en avoir l’habitude, finissons par parler du dessin. A voir la bibliographie de Mitch Gerads on peut se demander ce qu’il fiche sur ce titre. Mais dès la première page on ne peut qu’être conquis. Le trait est d’un réalisme à toute épreuve, et d’une sobriété qui collent parfaitement au ton de la série. Il y a du John Paul Leon et du Tommy Lee Edwards (1985) là dedans. Les personnages sont tous parfaitement reconnaissables, et expressifs sans sur jouer, comme dans un bon film. Les mises en pages sont en générale classiques et efficaces (logique, une abondance de splash pages faciles aurait tout gâché). Et il y a quand même quelques trouvailles à l’occasion (pour révéler un geste discret dans la dernière histoire par exemple).

Mais surtout il convient de mentionner les superbes couleurs, pour lesquelles l’artiste est assisté de Kyle Latino,Joseph Frazetta et Jordan Gibson. Celles-ci ont un grain superbe et surtout s’avèrent indispensables à l’ambiance. Disons-le franchement, en noir et blanc, The Activity perd la moitié de son charme visuel. Les palettes sont judicieusement choisies. Mais le plus intéressant c’est la façon dont les nombreuses scènes de nuit sont représentées. C’est à la fois sombre, et du coup oppressant, comme une vraie nuit noire. Mais ça reste aussi parfaitement lisible, et on comprend toujours sans problème tout ce qui se passe sur la page.

The Activity est donc une œuvre à part, qui plaira aux amateurs de Rainbow Six (les romans). Son parti pris hyper réaliste est une vraie trouvaille. Chaque mission est prenante et bien écrite, et les personnages finalement très attachants. Le tout est sublimé par des visuels splendides qui créent une véritable ambiance. Alors je ne sais pas si la technique de la série de stand-alone ne lasserait pas sur une série régulière, mais à l’échelle d’un tpb ça fonctionne remarquablement, et on est tenu en haleine chapitre après chapitre, de la première à la dernière page. Alors n’hésitez pas, embarquez votre gelly gun et BOHICA !

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