The Wanderer’s Treasures #45, Strange Girl

Strange Girl Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer.

Epîtres

Voltaire

On aurait pu commencer cette rubrique par une autre citation, de Corneille :« Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » (Polyeucte, Acte I, Scène 1). Enfin je ne sais pas pour votre désir, mais je reconnais que mon effet s’est bel et bien reculé d’une semaine suite à mon exil à New York. Désolé.

Mais baste, j’ai suffisamment raconté ma vie, passons à un sujet plus brûlant : la fin du monde. C’est pour demain. Et si vous ne devez lire qu’un seul comic d’ici là, pourquoi ne serait-ce pas Strange Girl, par Rick Remender (Uncanny X-Force, Uncanny Avengers), Eric NguyenJerome Opena (Avengers) et quelques autres artistes.

Il serait d’autant plus opportun de consacrer un peu de temps à cette série qu’elle s’ouvre sur ladite fin des temps, l’Apocalypse biblique. Le jugement dernier a eu lieu et les vertueux ont été transfigurés, emmenés au royaume des cieux. Parmi ces vertueux il y a la famille de Bethany Black. Mais pas Bethany, la brebis galeuse, rebelle, indisciplinée, et poussant le vice jusqu’à la mécréance. Elle, elle va rester sur Terre.

Dix ans plus tard les démons sont sortis des profondeurs infernales et ont pris possession du monde abandonné par Dieu. Les quelques humains restant sont réduits en esclavage. Bethany, esclave elle aussi, est barmaid dans l’établissement tenu par Belial, un  seigneur démon. Mais elle a une place un peu à part, car elle est aussi devenue une magicienne plutôt douée grâce à un grimoire qu’elle a dérobé.

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Une vie loin d’être idéale pour l’ancienne sale gosse, mais rendue plus supportable par la présence de son meilleur ami : Bloato. Petit démon bleu rondouillard, hybride issu de deux espèces démoniaques, vulgaire, râleur, gouailleur, grivois. Imaginez Danny De Vito bleu avec des cornes.

Les deux seront nos héros, et comme tous bons héros, ils vont se lancer dans une quête insensée : celle de la dernière porte permettant d’accéder au paradis. Problème : elle se trouve au Vatican. Autant dire à l’autre bout du monde pour notre duo qui se trouve aux USA. C’est ainsi que commencera pour eux un road trip dans un monde aussi hostile que dangereux.

Et quel road trip ce sera. Rien que les péripéties que connaîtront Bethany et Bloato suffiraient à  faire des 18 numéros de cette série l’une des meilleures œuvres de Rick Remender. Entre les divers seigneurs démons, le groupe de paramilitaires spécialisés dans la survie post-Apocalypse, les tragédies et les miracles, on ne s’ennuie pas une seconde et on va de rebondissement en rebondissement. Mais je préfère ne pas trop vous en révéler sur le synopsis lui-même, pour ne pas déflorer le sujet. Disons seulement que c’est aussi endiablé (pardon…) que ce qu’on peut espérer vu le pitch.

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Parlons plutôt des personnages, qui sont incontestablement la plus grande richesse de ce titre. Bethany est une héroïne on ne peut plus attachante (et oui, plutôt bien roulée, n’est-ce pas Steeve ?). Pas vraiment sale gosse (juste un peu), elle est surtout pétillante, déterminée, et touchante à ses heures. Bloato, lui, correspond à un archétype, celui du sidekick bougon, drôle et dragueur, mais avec un cœur d’or. Ce n’est absolument pas original mais Dieu que c’est réussi. Et surtout l’amitié entre les deux acolytes est superbement écrite. On sent à chaque instant toute la tendresse qu’ils ont l’un pour l’autre, sans jamais donner dans le mièvre non plus. On appréciera notamment le numéro flashback sur leur rencontre.

D’autres personnages sortent du lot, à commencer par Mouse. Membre du commando évoqué un peu plus tôt, croyant fervent pourtant oublié des cieux, il rejoindra notre duo star et ses doutes comme son dévouement en feront un personnage remarquablement intéressant. Surtout au travers de son histoire d’amour avec… Mais chut, ce serait du gâchis d’en dire plus (et non ce n’est ni avec Bethany ni avec Bloato). On peu aussi ajouter Tim, le petit voisin de Bethany avant la fin du monde. Lui aussi esclave, il rejoindra Bethany et s’avèrera être un personnage superbement ambigu. On ne sait jamais trop sur quel pied danser avec lui.

Mais le meilleur moment de la série, c’est incontestablement son dénouement. Impossible de faire comprendre à quel point Strange Girl est le magnum opus de Remender, son chef d’œuvre absolu, sans l’évoquer. Il s’agit d’une conversation entre Dieu et Bethany. Quelques pages de dialogues sublimement écrites qui donnent une profondeur aussi surprenante qu’inattendue à une histoire déjà excellente. Une vraie réflexion sur la religion et la foi, condensée brillamment en quelques répliques. Et n’allez pas croire que la citation de Voltaire que j’ai mise en accroche doive être prise au premier degré. Mais pas vraiment au second non plus…

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Le style graphique de la série fait penser au graffiti, lui donnant une véritable fraicheur. La cohérence graphique est respectée, malgré les nombreux artistes. Eric Nguyen donne le ton, les autres suivent. Les designs sont impeccables, de Bethany avec son look un peu punkette, à Bloato tout simplement parfait. Et  qu’ils s’agisse des autres démons ou de la Terre version post-Apocalypse, tout est parfait pour nous plonger dans l’ambiance et créer une véritable atmosphère.

Strange Girl est donc le chef d’œuvre de Rick Remender. Un pitch brillant, un univers accrocheur, un scénario impeccablement rythmé et riche en rebondissements, des séquences touchantes, et un dénouement remarquable. Vous trouverez tout ceci au fil des 18 numéros de la série, regroupés au sein d’un bel omnibus. Alors si le monde est toujours là demain, empressez-vous de jeter un œil à Strange Girl, et espérez donc que quand l’Apocalypse arrivera elle ressemble un peu à ça.

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