The Wanderer’s Treasures #47, The Devil’s Concubine

The Devil's Concubine Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Tout commence sur la route d’un aéroport. Quelque part en Europe. Ou aux Etats-Unis peut-être. Peu importe en fait. Ringo doit prendre un avion. Ringo c’est un gangster comme on n’en fait plus, avec son costume mal taillé qui couvre un physique ingrat. Et cette gueule de travers, cet air minable. Ringo a un avion à prendre donc. Ordre de son patron. Mais il va le rater. Et les emmerdes vont commencer…

C’est sur ces deux pages que s’ouvre The Devil’s Concubine, la graphic novel du danois Palle Schmidt. Une histoire à laquelle il a commencé à réfléchir dans les années 90. Près de deux décennies plus tard,IDW nous livre le résultat. Et ça valait le coup d’attendre un peu.

The Devil’s Concubine, c’est l’histoire d’un contrat qui tourne mal. Jean-Luc, le professionnel impassible, et Linda, son assistante, doivent récupérer une glacière. Ils ignorent tout de son contenu, et franchement ils n’en ont rien à faire. Une fusillade dans un restaurant de sushi plus tard, le précieux colis est en leur possession. Plus qu’à le remettre à leurs mystérieux commanditaires.

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L’échange a lieu dans un parking sous-terrain, mal éclairé. Le lieu parfait pour une embuscade. C’est sûrement pour ça que Jean-Luc poste Linda un peu en retrait, armée d’un fusil à lunette. A près tout, on ne sait jamais, on n’est pas entre gentlemen… Mais tout à l’air de bien se passer. L’argent est paraît-il dans la voiture. Les sceaux sur la glacière sont intacts. Jusqu’à ce qu’une main plonge dans une poche. Une balle traverse un crâne. Linda a fait feu. Les autres gangsters subissent le même sort que leur collègue. Et Jean-Luc et Linda s’enfuient précipitamment, emportant la précieuse glacière avec eux.

Cette glacière sera ensuite au centre des évènements, nos deux tueurs cherchant à s’en débarrasser au plus vite. Eventuellement en réalisant un bon bénéfice au passage si c’est possible. Alors ils vont essayer de découvrir qui était leur mystérieux commanditaire, pour lui rendre son bien et oublier le petit malentendu du parking. Enfin ça c’est le plan. Mais Linda n’est pas vraiment la plus habile des négociatrices.

Alors ils vont essayer de savoir ce qu’il y a dans cette fichue glacière. The devil’s concubine ? Ça ne peut être que ça. Et s’il n’y a pas moyen de la refiler à son destinataire normal, on trouvera bien d’autres acquéreurs. Le gang de rastas de Seth par exemple… Seulement là aussi ça se passe mal…

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« Ça se passe mal », la grande constante du récit pour Jean-Luc et Linda. Poursuivis par tous les gangsters de la ville, et accessoirement la police, émue par les récentes tueries. Une vraie intrigue de polar noir à l’ancienne donc, inspiration revendiquée par Palle Schmidt.  Le tout subtilement mené, avec des tiroirs dans les tiroirs qu’on découvre à mesure. Une belle mécanique scénaristique dont les rouages s’emboîtent parfaitement et où le moindre détail, la moindre réplique, a son importance, sa signification.

Du coup The Devil’s Concubine vaut le coup d’être lu deux fois. Une première pour la découverte, et une seconde pour se rendre compte qu’on avait toute les réponses sous les yeux à chaque fois. C’est d’ailleurs une des plus belles réussites de l’auteur : tout nous dire, s’assurant à chaque fois qu’on en sait assez pour ne pas se perdre dans le récit, sans nous laisser réaliser qu’en fait on en a appris beaucoup plus que ce qu’on croyait.

Il tire pour cela parfaitement parti tant des dialogues que de la dimension visuelle de son œuvre. Scrutez la moindre case, le moindre visage qui pourrait vous paraître familier (les deux rastas au début, ou ce colosse rouquin qu’on a déjà vu…). Prêtez attention au moindre détail (c’est quoi ça, sur le sol du parking, près du cadavre ?). Tout a un sens.

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Mais s’arrêter à l’intrigue, ce serait manquer tout une dimension de The Devil’s Concubine. Car comme tout bon polar noir, ce récit mise tout autant sur son intrigue que sur son ambiance. C’est sombre, bien sûr. C’est une histoire qui se règle entre gangsters, la police arrivant la plupart du temps après la bataille et se bornant à faire un résumé des faits, médusée. Même sa grande intervention n’est finalement qu’anecdotique. Elle se raccroche au train alors qu’il est déjà arrivé à destination.

Les gangsters sont quant à eux à la fois sordides et charismatiques, tantôt minables tantôt flamboyants. L’auteur sait aussi bien jouer avec u ne autre convention du genre : le mystérieux tueur craint par tous ses pairs qu’on appelle pour tout régler. Ici il s’appelle The Haitian et donne lieu à une scène culte en forme de magnifique contre-pied.

Et c’est violent. L’autre source d’inspiration de Palle Schmidt, ce sont les films d’action asiatiques : John Woo, Tsui Hark… La filiation est aussi assumée qu’évidente. Pour l’action d’abord, avec ces fusillades dantesque où les héros, un flingue dans chaque main, et parfois quelques balles dans le corps, déciment leurs adversaires avec force plongeons et autres cascades.

Mais plus que violent, c’est nihiliste, à l’image de Linda. Car bien plus que la fameuse glacière, c’est elle qui est au cœur de l’histoire. Elle en est le moteur. Une véritable pulsion de mort personnifiée, un agent du chaos à l’instar du Joker d’Eath Ledger, le sens de l’humour en moins (quoi que ?). Elle entraîne tous ceux qui la côtoient vers l’abime. Elle les y pousse même. C’est subtil au début, dans les détails. Est-ce qu’elle en a conscience ? Puis de plus en plus flagrant, jusqu’au dénouement. Mais chut…

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Le dessin de Palle Schmidt est quant à lui tout aussi excellent que son histoire. On a déjà évoqué la subtilité et l’intelligence avec laquelle il dissémine indices et révélations avant l’heure dans ses pages. Le story-telling est de surcroît impeccable, fluide et dynamique tout en servant l’ambiance.

Quant au trait lui-même, il n’est pas sans rappeler celui du génial Eduardo Risso sur 100 Bullets. Alors non, l’élève ne dépasse pas le maître, mais il l’honore dignement. Il y a les ombres compactes, presque des personnages à part entière. Et surtout il y a ces gueules des personnages. Stylisées, pas vraiment du cartoon, sûrement pas réalistes, mais qui collent tellement bien au récit. La même chose est vraie pour les couleurs (aussi assurée par Schmidt).

The Devil’s Concubine est donc un superbe polar, entre film noir français à l’ancienne, film d’action hongkongais, et avec un petit quelque chose en plus pour le rendre vraiment unique. Une vraie atmosphère, une ambiance prenante. Et une vraie subtilité dans l’écriture comme dans la mise en scène, servies par un dessin superbement stylé. Finalement Ringo a bien fait de rater son avion…

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