The Wanderer’s Treasures #48, The Couriers

The Couriers Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

En 2002 Brian Wood était fan des films d’action Hongkongais, de Luc Besson, des lignes de vitesse façon manga, et il avait envie de s’amuser avec son pote Rob G (Repo, Detective Comics). Voici résumée en une phrase la gestation de The Couriers à en croire l’auteur lui-même. C’est comme la série : simple, direct, et d’une efficacité imparable.

Et aujourd’hui c’est réédité par Image sous la forme d’un bel omnibus contenant les quatre tomes du moins « Brian Woodesque » des comics de l’auteur de DMZ et Northlanders (et Star Wars, et Mara etc…). Quatre tomes dont trois mériteraient d’être nominés dans la catégorie « titre le plus cool de tous les temps ». Parce que The Couriers, c’est classique, mais Dirtbike ManifestoThe Ballad Of Johnny Funwrecker et Couscous Express, ça a de suite une toute autre classe.

The Couriers c’est l’histoire de Moustafa, 22 ans, et Special, 25 ans. Tous deux sont des livreurs. Mais pas ceux qui vous apportent une pizza ou des fleurs. Les cargaisons confiées à notre duo sont d’un genre moins licite. Et ils font aussi des extra, du genre protection rapprochée ou autres broutilles du style.

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Dans la première histoire, éponyme, notre duo va devoir acheminer une petite fille à bon port. D’habitude ils ne donnent pas dans les « cargaisons biologiques », mais là c’est pour la bonne cause. La petite, chinoise de son état mais surtout sourde et muette, est traquée par un ancien général de l’Armée Populaire de Libération qui ne lui veut pas que du bien. La suite ? Des explosions. Beaucoup. Des fusillades. Encore plus. Des poursuites endiablées dans les rues de New York. Un hélico sous un tunnel. Et un décompte de cadavre à faire sangloter de joie John Woo.

Dirtbike Manifesto s’ouvre quant à elle sur une livraison de routine pour Moustafa et Special. Sauf que ça tourne au bain de sang, et qu’un de leurs acolytes livreur y laisse la vie. Ses meurtriers aussi, mais ça ne suffit pas pour notre duo de choc. Il faut faire payer les organisateurs du deal, ceux qui ont essayé de les doubler. Alors en route pour le nord de l’Etat de New York, rural, avec ses petites villes tranquilles… Et ses milices de rednecks armés jusqu’au dents. Le genre qui vérifient leur fusil rien qu’en entendant un nom comme Moustafa, et qui n’aime pas trop les gens pas du coin. Mais pas de soucis, Special et Moustafa ne sont pas venu pour se faire des amis. Juste se venger. Bilan : moins d’explosions (les arbres ça pète moins bien), mais toujours autant de douilles sur le sol jonché de cadavres.

Retour à New York City pour la prequel The Ballad Of Johnny Funwrecker. On suit toujours Moustafa et Special, mais avec 10 ans de moins. Le premier deale un peu d’herbe dans l’East Village en offrant de jouer du grunge (mal). La seconde joue déjà les porte-flingues, mais pas pour son compte. Elle travail pour Johnny Funwrecker, le parrain de tous les « couriers » de la ville, qui dirige son petit empire depuis un bloc d’immeuble à Chinatown. Moustafa va vouloir rejoindre sa bande. Special va se retrouver à devoir le former. Et assez étonnamment ça va marcher entre eux. Tellement bien que quand Special verra une opportunité de doubler Johnny, c’est avec Moustafa qu’elle montera le coup. Fusillades et explosions à suivre.

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Enfin Couscous Express, c’est un peu le pilote de la série, et fait figure ici de bonus. Réalisé avec Brett Weldele (Spontaneous, Do Androids Dream Of Electric Sheep?), ce volume est en réalité antérieur au trois autres. Si on voulait absolument le caser dans la chronologie il se déroulerait sans doute juste avant The Couriers, mais il faudrait faire abstraction de quelques incohérences (l’histoire de Moustafa notamment, gosse de riches dans The Ballad Of Johnny Funwrecker, pur produit du ghetto dans Couscous Express). Mais baste, ça n’a pas grande importance. Il vaut mieux se régaler de cette histoire de chantage où nos héros volent au secours d’Olive, la petite amie de Moustafa. La Turkish Scooter Mafia (et oui) menace le restaurant des parents de celle-ci. Vous avez deviné comment ça va se terminer ?

On est donc face à quatre histoires très riches en action mais assez light en scénario à priori. A secondiori aussi d’ailleurs si on se borne à considérer les synopsis (le plot donc). C’est très direct, brut de décoffrage, et les quelques rebondissements restent très convenus. Brian Wood n’en était qu’à ses débuts en tant que conteur, et ça se sent. Mais ça se sent aussi qu’il assume totalement ce parti pris du tout pour l’action.

Du coup le résultat est totalement décomplexé, et d’une efficacité redoutable. Chaque récit va à cent à l’heure, privilégiant le style par rapport au fond, et il le fait à la perfection. Comme un bon film de Luc Besson (ou comme un Die Hard, pour ceux qui considèrent que l’exemple précédent relève de l’oxymore).

Mais au-delà de son côté aussi primaire que jouissif, The Couriers recèle de quelques subtilités. On y voit en effet quelques prémices de ce que deviendra la patte de Brian Wood. Il y a sa fascination pour New York tout d’abord, qu’on retrouvera plus tard dans DMZ. Le scénariste aime la Grosse Pomme et la connaît bien. Chinatown, l’East Village (avec le fameux Cube), ou encore Midtown, on s’y croirait.

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Cette atmosphère urbaine est un vrai plus pour le récit. Comme tout ce pan fantasmé de la street culture que sont les « Couriers », véritable contre-culture à laquelle Wood donne vie. Ils ont leurs codes, leurs rituels… Et il y a ces petites touche confinant au génie : Johnny Funwrecker et sa block party permanente, le mystérieux Hot Sauce, qui échange des contrats juteux contre de la nourriture à emporter (avec TOUJOURS un extra de sauce piquante). On sent à ce titre l’amour du scénariste pour les univers à la Luc Besson. Avec un soupçon de food culture en plus.

L’autre aspect de la série faisant qu’on sent que ce siècle avait deux ans et que déjà Brian Wood pointait sous Brian Wood, c’est le traitement des personnages. Moustafa et Special sont assez unidimensionnels, bien plus que les futures créations du scénariste. Mais déjà ils ont un véritable charisme. Special notamment, domine chaque récit. Son côté tête brûlée la rend attachante. De plus des tas de petits détails l’humanisent (sa passion pour les antiquités, l’histoire de sa cicatrice, sa relation avec Olive…). Et The Ballad Of Johnny Funwrecker achève d’en faire un personnage marquant.

Moustafa paraît plus en retrait, mais il en en fait le contrepoids parfait de Special. Et la dynamique de leur relation est tout à fait remarquable. Enfin, comme pour confirmer la prédilection de Wood pour les personnages féminins, Olive vole presque la vedette aux deux autres dans Couscous Express. C’est d’ailleurs la seule histoire où elle apparaît réellement, mais sa transformation de petite ado pourrie gâtée en un personnage enfin sympathique est des plus fascinante. Surtout qu’elle n’est jamais caricaturale, une belle preuve de finesse dans l’écriture. Le tout toujours servi par des dialogues à la fois justes et marquants.

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Le dessin, enfin, sera sûrement le point noir pour beaucoup. Pas pour le parti pris esthétique entre comics indy et graffiti de Rob G comme de Brett Weldele, avec une bonne dose de manga en plus (ligne de vitesses, et même un peu de Super Deformed une fois ou deux pour G). Ça c’est parfait. Pas pour le story-telling, exemplaire de dynamisme et d’efficacité. Ni même pour les décors, rendant bien hommage à New York (même si on voit pas mal de photos intégrées assez grossièrement, ça donne un charme). Non le vrai problème c’est que le trait manque souvent de finesse, pour ne pas dire qu’il est franchement grossier. Et ça contraste d’autant plus violemment avec les cases où il est au contraire très fin. Un manque de constance donc, qui pourra rebuter. Mais ce serait dommage de se bloquer là-dessus.

The Couriers a donc tout du plaisir coupable. C’est bourrin, totalement décomplexé, et ça n’en est que plus jouissif. Tout en style, ces quatre récits sont hyper prenants. Mais ils recèlent aussi de nombreux petits détails qui raviront le lecteur averti et font que les débuts de Brian Wood, à défaut d’être aussi aboutis que son travail actuel, n’en sont pas moins fascinants. A lire avec du bon gros son type DMX ou The Lox en fond.

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