The Wanderer’s Treasures #53, Midnight Kiss

Midnight Kiss Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Le Magicien d’Oz de Frank L. Baum (auteur du roman original, bien avant le film) fait sans doute partie des œuvres les plus adaptées/revisitées au monde. Parmi les comics qui se sont essayés à l’exercice on peut citer pêle-mêle les divers Oz de Skottie YoungLegend Of Oz The Wicked WestThe Oz/Wonderland Chronicles ou encore No Place Like Home (Les Assassins D’Oz en français). Et il faut ajouter à cette liste Midnight Kiss par Tony Lee et Ryan Stegman (Scarlet Spider, Superior Spider-Man), publié en 2005 chez Markosia.

Mais Midnight Kiss est plus qu’une simple adaptation. Déjà parce que si une grande partie de l’intrigue se déroule au pays de la route en brique jaune, le gros du synopsis de cette mini-série n’a en revanche pas grand-chose à voir avec les mésaventures de Dorothy et Toto. On suit plutôt Matthew Sable et Nightmare De’Lacy(nominée pour l’award du meilleur nom dans cette rubrique), deux mercenaires chargées de retrouver un jeune garçon nommé William Hart.

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Car William n’est pas un « rational » comme les autres. Un « rational » c’est un humain ordinaire, qui vit dans un univers de raison et a perdu la capacité à voir le fantastique. William, donc, a besoin d’être protégé car le Shattered Man et le Prince Of Cries veulent lui mettre le grappin dessus afin d’accomplir le sinistre plan qui leur permettra de régner sur les mondes divisés de Faery.

Et c’est à peu près tout ce que je peux dévoiler de l’intrigue sans la déflorer. Ce qui rend William spécial, l’identité réelle du Prince Of Cries (une belle pirouette) ou encore celle du Shattered Man (encore meilleure et déterminante pour la résolution de l’histoire), voila autant d’élément essentiels très bien amenés par Tony Lee qu’il vaut mieux découvrir au fil du récit. Même le moyen exact par lequel les deux grands vilains espèrent arriver à leurs fins est u plaisir à découvrir.

Mais alors, s’il vaut mieux tout taire du scénario, de quoi parler ici ? Je peux bien vous assurer que le récit est remarquablement construit, avec bon nombre de rebondissements toujours à propos. Mais sans exemple, ça vous fait une belle jambe… Heureusement je peux vous parler de l’univers mis en place par Tony Lee. Et c’est peut-être le plus important.

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On est à mi-chemin entre de la fantasy urbaine, puisque la technologie moderne se mêle à la magie. On passe du New York contemporain à Oz ou à la forêt de Sherwood en un clin d’œil, Matt Sable utilise sa magie pour faire apparaître des pistolets, et on a même un « cybermancer ». Mais l’ensemble a quand même un sacré parfum de pure heroic-fantasy, avec les vilains et leur sort pour remettre en cause l’ordre du monde, ou la grande bataille des forces rebelles de Dorothy Gale contre l’Epouvantail.

Et on ne vient aux multiples trouvailles du scénariste pour réinventer des personnages bien connus. Car à Oz tout ne s’est pas arrêté après que le magicien ait offert leur cadeau à Dorothy et ses amis. L’Epouvantail est devenu un tyran, le Lion Lâche est un prisonnier politique, et le Bûcheron en Fer Blanc un impressionnant colosse digne de Calibretto (ah, Battle Chasers, que cette série me manque…). Et Dorothy ? C’est la leader de la rébellion et une farouche combattante.

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Mais Lee ne pioche pas que dans l’univers de Frank L. Baum. Il transforme le joueur de flûte de Hamelin en espion, fait de Jerry Cornelius (un personnage de Michael Moorcock) un de ses protagonistes principaux (avec la bénédiction de son créateur), et nous confirme même qu’il y a bien des alligators dans les égouts New-Yorkais. Des alligators qui ont un roi.

Et là, en voyant cette improbable cour, comment ne pas penser à une autre œuvre de fantasy défiant toutes les conventions : Neverwhere par Neil Gaiman ? On retrouve en effet dans Midnight Kiss une ambiance similaire par moment. Il serait même étonnant que le roman de Neil Gaiman n’ait pas influencé Lee tant certains clins d’œil sont évidents. A commencer par Jonny Cool et The Flickman, qui ne sont pas sans rappeler MM Croup et Vandemar jusque dans leur rôle. Comme le but ultime du Prince Of Cries rappelle celui de l’Ange Islington. Mais on est loin d’être face à du plagiat rassurez-vous, et l’œuvre de Tony Lee a sa propre identité.

Une identité due notamment à l’excellent travail de Ryan Stegman, déjà très inspiré. Ses designs sont admirables, qu’il s’agisse de relooker des personnages connus (Dorothyle Bûcheron, ou surtout les singes volants, devenus des forteresses aériennes vivantes) ou d’en créer de nouveaux. Matt SableNightmare ou le duo Jonny Cool-Flickman suintent le charisme par tous les pores. Plus globalement le mélange de fantasy et d’esthétique moderne limite SF parfois est parfaitement réussi.

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Pour le reste, comme on pouvait s’y attendre, le story-telling est très solide, le trait dynamique, et on ne pourra regretter qu’une qualité d’impression douteuse qui donne un côté hélas un peu sale au résultat final. Mais rien de tragique. Et on ne peut qu’apprécier le côté péchu de l’ensemble.

Midnight Kiss est donc bien plus que toutes ses influences. Elles sont légions, parfois évidentes (limite trop) mais Tony Lee et Ryan Stegman arrivent à instiller une vraie âme à leur récit, à lui donner sa propre identité. Et quelle identité ! L’intrigue n’est pas non plus en reste, garantissant son lot de surprises. Alors si vous tombez sur le tpb, n’hésitez pas. On se revoit au printemps…

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