The Wanderer’s Treasures #56, Scion

Scion Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Crossgen Comics restera sans doute comme l’un des pires gâchis de l’histoire de l’industrie des comics. La maison d’édition fondée en 1998 par Mark Alessi en a en effet produit une pléthore d’excellents titres jusqu’en 2004, date de sa faillite. Parmi ceux-ci on compte Scion, par Ron Marz (Witchblade, Green Lantern), Jim Cheung (Young Avengers) et Jim Fern (Crossing Midnight).

Scion c’est l’histoire d’Ethan, fils cadet de la dynastie Heron, à l’ouest, dans un univers mêlant société médiévale et technologie digne d’une œuvre de SF. Les Herons furent de tout temps opposés aux Ravens, à l’est. Un conflit qui fit couler des litres de sang jusqu’à ce qu’une paix précaire soit mise en place. Une paix maintenue notamment grâce à un tournoi traditionnel opposant les champions des deux dynasties, pour l’honneur et la gloire.

C’est à la veille de ce tournoi que notre histoire débute. Ethan, tout juste âgé de 21 ans, doit affronter le prince Bron de la dynastie Raven, jamais vaincu dans l’arène. Mais tandis que le jeune homme se prépare, aidé par Skink, son précepteur et ami  bien qu’appartenant aux races inférieures (des êtres créés artificiellement par les humains), il va recevoir une mystérieuse marque sur le bras.

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Cette marque était le gimmick récurrent de tous les titres Crossgen de la première vague. Un symbole dont se retrouvait affublé le héros de chaque titre, qui lui conférait des aptitudes extraordinaires et mettait surtout une belle pagaille dans sa vie.

Ethan n’échappe pas à la règle. Le pouvoir de sa marque se déchaîne en plein duel, et lui permet de l’emporter, mais en blessant grièvement son adversaire, Bron. Une faute impardonnable, qui pourrait sonner le glas de la paix entre les dynasties. Bref, l’occasion dont rêvaient les Ravens depuis des décennies.

Néanmoins Ethan, conscient de sa responsabilité, va tout tenter pour réparer sa faute, allant jusqu’à se constituer prisonnier. Hélas, la machine de guerre Raven est en marche, et la cour de l’est elle-même n’est pas à l’abri des complots. C’est ainsi qu’Ethan va faire la connaissance d’Ashleigh, plus jeune membre des Ravens et surtout leader de l’Underground, un mouvement clandestin visant à affranchir les races inférieures, esclaves à l’est et serviteurs à l’ouest. La belle rousse espère qu’Ethan voudra bien mettre son pouvoir au service de cette cause.

C’est donc là le premier acte de la série, mettant en scène le conflit entre Herons et Ravens, avec le malheureux Ethan pris au milieu, tiraillé entre sa loyauté envers sa famille, sa culpabilité par rapport à cette guerre dont il s’estime responsable, et sa sympathie pour l’Underground, dont il trouve la cause légitime.

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Premier acte car il y en a un second à mi-parcours, la guerre arrivant à son terme et le statu quo entre les deux royaumes s’en trouvant bouleversé. Mais je ne peux en dire plus sans déflorer l’intrigue. Comme je ne peux parler de ce qui aurait dû être la troisième partie, mais qui a dû être expédiée en quatre numéros par Ian Eddington (scénario), Luke RossSergio Cariello et Fabrizio Fiorentino (dessin). A noter que le quatuor s’en tire avec beaucoup de grâce, bricolant une intrigue efficace et surtout la bouclant de manière abrupte mais satisfaisante.

Mais revenons-en au gros de la série. L’intrigue progresse très vite, parfois peut-être un peu trop au début, mais au moins on ne perd pas de temps en mise en place. Pas de narration décompressée ici. Et en contrepartie les rebondissements sont légions. Les divers personnages sont eux aussi très accrocheurs. Ethan, avec ses doutes et son sens des responsabilités, est l’âme du récit. Et l’évolution du personnage, l’ampleur qu’il prend à mesure qu’il gagne en maturité, est l’une de plus belle réussite de Ron Marz.

Ashleigh est le complément parfait d’Ethan, et les interactions entre les deux sont toujours un régal. De même que la relation complexe qu’entretient le jeune prince avec sa famille (son frère qui ne jure que par le nom des Herons, sa sœur plus indulgente, et son père, qui doit composer avec la raison d’Etat). Enfin comment ne pas mentionner Exeter, chasseur de prime issu des races inférieures qui finit par se repentir, ou Skink, sorte deYoda qui en sait toujours plus qu’il n’en dit.

En face Bron ne manque pas de prestance non plus, passant du statut de vilain impulsif et capricieux à celui d’être authentiquement machiavélique et manipulateur. Et comme pour faire écho à ce qui se passe chez l’adversaire, lui aussi entretient des relations complexe avec son frère Kort, et leur sœur Ashleigh.

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L’univers de la série, mêlant fantasy et haute technologie est aussi pour beaucoup dans sa qualité. On se plait à voir un dragon affronter une machine volante sortie de Star Wars, ou à assister à la charge de deux armées équipées d’épées laser.

Ce qui nous amène à louer le travail de Jim Cheung. Encore brut de décoffrage sur les premiers numéros, on voit son trait s’affiner au fur et à mesure, jusqu’à atteindre le niveau qui lui a permis de devenir célèbre notamment sur Young Avengers. Ses designs sont eux absolument remarquables tout au long de la série. Les paysages sont dignes du seigneur es anneaux, et l’architecture pour les deux royaumes est splendide, conférant à chacun une véritable identité visuelle.

Idem pour les tenues des divers personnages, qu’il s’agisse du plus humble fantassin jusqu’aux héros. Bon, on pourra juste tique face à certaines robes d’Ashleigh, certes magnifiques mais dont l’aspect… pratique sur un champ de bataille doit laisser à désirer (en même temps je lis Red Sonja alors je ne vais pas trop critiquer…).

Enfin le story-telling fait preuve d’un dynamisme à nul autre pareil. Les combats sont si vifs et percutants qu’on pourrait penser à du manga (avec quelques effets visuels qui renforcent cette impression). Les grandes batailles n’ont rien à envier aux duels, et les instants plus calmes sont loin d’être ennuyeux.

L’honnêteté m’oblige à reconnaître que Jim Fern est nettement en dessous. C’est propre et efficace, donc ça ne nuit pas à la narration ni au plaisir de lecture, mais ça n’a pas le génie des prestations de Cheung. Néanmoins on peut aussi constater une nette amélioration au fil des chapitres.

Scion est donc une excellente série d’heroic-fantasy, avec une petite dose de SF pour l’univers. Elle est portée tant par ses héros réussis que par la dimension épique de son intrigue. Et à la différence de bien des séries Crossgen, elle a une fin. Et en plus elle est superbement dessinée par Jim Cheung. Alors n’hésitez pas à suivre Ethan et Ashleigh dans leurs aventures !

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