The Wanderer’s Treasures #57, Ruse

Ruse Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Hommage au défunt éditeur Crossgen Comics, volume II. Au programme cette fois une série inédite en français mais néanmoins géniale : Ruse, écrite par Mark Waid (Daredevil, Indestructible Hulk), puis Scott Beatty (script à partir du #10, puis seul à partir du #13), et dessinée par Butch Guice (Captain America) et Paul Ryan.

Ruse est un pastiche de Sherlock Holmes. Comprenez pas une parodie, encore moins un vulgaire plagiat, mais plutôt une variation sur un thème. On y suit en effet les enquêtes et mésaventures d’un détective brillant mais un brin particulier, dans une citée aux allures victoriennes, le tout narré par la l’associée dudit détective. Oui, associée pour le coup.

Car c’est là la première différence ave l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle : le sympathique docteur Watson a cédé sa place à la ravissante (et non moins sympathique) Emma Bishop. Partenaire (et pas assistante, elle y tient beaucoup) de Simon Archard, elle veille sur lui, essaie désespérément de le sociabiliser, et apporte son écot (pas toujours voulu) à ses enquêtes.

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Simon Archard, le plus grand détective du monde, est donc l’autre héros de la série. Individu brillant (sauf pour ce qui est des langues étrangères, puisqu’il considère que la communication non verbale est plus essentielle à ses enquêtes), il est aussi froid, distant, et cynique au sens premier du terme : il n’a cure des politesses d’usages et des apparences.

Notre duo œuvre dans la bonne ville de Partington, qui ressemble à Londres par bien des aspects, de l’architecture à l’ambiance générale. Sauf pour les gargouilles. Car celles de Partington sont bien vivantes et friandes de rats ou autres pigeons. Ce qui nous amène à une autre différence majeure avec Sherlock Holmes. Là où le détective anglais évolue dans un monde réaliste, l’arcadien Simon Archard doit faire face à certains éléments fantastiques. Du vrai fantastique, pas du genre chien méchant recouvert de peinture fluorescente.

Et c’est là l’un des points les plus délicats lorsqu’on parle de la série. En effet, dans le premier numéro, le fantastique semble appelé à être un élément essentiel de l’univers du titre. On y parle des fameuses gargouilles, Emma fait usage d’un mystérieux pouvoir pour stopper le cours du temps et converse avec une voix spectrale qui la met en garde contre de telles action. Bref on se dit que la marque mystérieuse qui était le gimmick récurrent des titres Crossgen va bientôt faire son apparition.

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Sauf que dès la fin du premier arc, on assiste à un rétropédalage intensif de Mark Waid sur le sujet. Il nous bricole une explication pseudo rationnelle (à base de magnétisme) aux pouvoirs de la vénéneuse Miranda Cross, vilaine de cet arc. Et surtout dans les numéros suivants, Emma ne fait plus du tout usage de son mystérieux don. Tout juste y fait elle vaguement référence une fois de temps en temps justement pour dire qu’elle ne s’en servira pas.

De même les adversaires de successifs de nos héros, pour retors et machiavéliques qu’ils soient, n’ont rien de surnaturels. On a une cabale de majordomes, le superbe Malcolm Lightbourne (le Moriarty au Holmes de Simon, mais avec un lien plus personnel entre eux), ou encore un chanteur d’opéra porteur d’un lourd secret, mais rien de magique. Même pas le village « hanté ». Sauf quand Miranda Cross fait son grand retour. Et sauf quand il est question du prisme énigmatique, une gemme portant bien son nom, dont la quête et la protection constitue le fil rouge de la série.

Au final cette hésitation récurrente entre utilisation du surnaturelle et création d’un monde imaginaire mais réaliste peut parfois agacer (en tous cas dans mon cas). Mais Scott Beatty résout tellement bien le problème dans le 26ème et dernier numéro de la série que je lui ai tout pardonné. J’ai même rarement vu un auteur mettre les points sur les i et les barres sur les t avec autant de justesse.

Ce qui nous amène à la plus grande qualité de Ruse : son écriture. Les intrigues sont toutes plaisantes, assez astucieuses pour faire honneur au sujet de la série, avec un côté aventure très prononcé, parfois un peu pulp dans le sens le plus noble du terme. Les dialogues sont de pures merveilles. Surtout les échanges entre Simon et Emma, à la fois spirituels et mordants.

Les deux scénaristes successifs (Waid puis Beatty donc) arrivent à créer un véritable univers, des plus attrayants. La galerie de personnages entourant les héros, notamment les « agents » de Simon, sont hauts en couleur et terriblement attachants (ils eurent même droit à un spin-off, Ruse : Archard’s Agents). La ville de Partington et ses habitants n’ont pas grand-chose à envier à d’autres cités imaginaires de nos chers comics. Et les vilains, Lightbourne et Miranda Cross en tête, sont à la hauteur.

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Mais surtout l’atmosphère du récit est superbe. Notamment passé le milieu de la série, après qu’un évènement tragique ait ébranlé Simon (et toute la ville). Le héros se renferme sur lui-même, et on sent une chape de plomb descendre sur la série. Le lecteur ressent ainsi la même chose que les protagonistes.

Au dessin Butch Guice fait un travail remarquable, prélude déjà très abouti à ce qu’il réalisera sur Captain America. C’est sobre, très fin, réaliste et détaillé. Les designs sont admirables, des décors aux personnages en passant par les costumes et les diverse machines, réelles ou non. L’artiste se permet même quelques expérimentations stylistiques, avec notamment deux numéros (#13 et 14) au graphisme volontairement très sombre, pour mieux servir l’ambiance, louée plus tôt. Et Paul Ryan est très bien pour ses rares fill-ins.

A noter que le story-telling, en plus d’être excellent, fait aussi preuve d’originalité. En effet tous se passe sur des doubles pages, où la largeur est utilisée à plein pour répartir les cases. Ça déconcerte au début (combien de fois suis-je passé à la ligne d’en dessous de la page de gauche alors qu’il fallait chercher la case suivante sur la page de droite…), mais une fois qu’on s’y est fait c’est très efficace et intéressant.

Ruse est donc le pastiche parfait de Sherlock Holmes. C’est bien écrit, drôle, intelligent, fin, peuplé de personnages riches et marquants, et servi par une ambiance magnifique. Le dessin est impeccable, et même original au niveau des mises en page. Le seul défaut c’est que comme tous les titres Crossgen les trade paperbacks (au nombre de deux, regroupant les 12 premiers numéros) sont quasi introuvables. Idem pour les deux volumes sortis en VF. Par contre il est beaucoup plus facile de mettre la main sur les singles (26 en tout). En plus vous pourrez vous régaler des recap pages en couverture intérieure, aux allures de journaux d’époque. Je ne peux donc que vous encourager à jouer les Simon Archard pour les trouver, ça vaut le coup…

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