The Wanderer’s Treasures #59, Way Of The Rat

Way Of The Rat Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Le wuxiapian est sûrement le genre le moins représenté dans les comics. Le quoi ? Quèsaco le wuxiapian ? Il s’agit d’un genre cinématographique chinois s’apparentant aux films de cape et d’épée. Tigre Et Dragon ou Herosont des exemples assez connus en occident. Dans les comics par contre il n’y a pas des masses d’exemples, sauf Way Of The Rat, série écrite par Chuck Dixon et dessinée par Jeff JohnsonLuke Ross et Rod Wigham (et un numéro par Mike Perkins, s’il y a des complétistes ici…), un autre petit bijou signé Crossgen (ça commence à se voir le côté militant de cette rubrique ?).

Way Of The Rat est donc une série de wuxiapian, mais croisée avec les films de Jackie Chan (les bons) pour l’humour. On y suit les péripéties de Boon Sai Hong, voleur de son état surnommé le « rat de jade » résidant dans la cité fortifiée de Zhumar. Très agile et plutôt doué dans sa partie, ce cher Boon n’ pas non plus inventé l’eau chaude. Sans doute est-ce pour cela qu’il se laisse convaincre d’aller voler un artefact magique : le cœur du phoenix. Ne le trouvant pas, il va se rabattre sur un parchemin très laid représentant des dragons et un anneau doré. Ce sera le début de ses ennuis.

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Notre malheureux héros va se retrouver pourchassé à la fois par la princesse Zheng, appartenant à la famille royale, par les sbires du magistrat corrompu régnant sur la ville, le juge X’ain, les membres de sa propre guilde emmenés par Tiger Mah, à qui il n’a pas payé de tribut, et le mystérieux Silken Ghost, une guerrière toute drapée de blanc. Mais la pire malédiction pour Boon sera sans doute sa rencontre avec Po-Po, un singe parlant alcoolique et mégalomaniaque qui va lui servir de mentor.

Le décor est ainsi planté, et l’histoire rocambolesque du voleur devenu héros (ou presque) va pouvoir commencer. Boon devra faire face à la horde d’envahisseurs de Bhuto Khan, chef barbare bien décidé à conquérir Zhumar et tout l’empire, à une invasion de dragons tout droit sortis des enfers, puis à des fantômes, dont le terrible Kung Kung Yi, capable de dévorer les âmes des morts comme des vivants. Il va même se retrouver enfermé dans la caverne au trésor d’un sultan, en compagnie d’un monstre vraiment pas commode. Sans parler de railleries constantes de Po-Po. Il n’aura pour atout que le mystérieux anneau qu’il a dérobé, qui lui confère une maîtrise absolue du combat au bâton. Mais seulement au bâton.

C’est sur un rythme endiablé que Chuck Dixon nous contera ces aventures tout au long des 24 numéros de la série, qui s’interrompt hélas en cour de route. Heureusement elle prend fin à la conclusion d’un story arc, ce qui évite au lecteur de se retrouver le bec dans l’eau. Le scénariste mêle brillamment action et humour dans son récit, distillant les gags avec à-propos tout en sachant insuffler un souffle épique à son histoire (les combats contre Bhuto Khan ou contre les dragons en sont d’excellents exemples). Et certains gags confinent au génie, comme celui autour du héros à la réputation usurpée (impossible d’en dire plus sans gâcher l’un des meilleurs passages de la série).

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On pourrait aussi évoquer la galerie de personnages hauts en couleurs, tels que le juge X’ain, que rien n’arrête, pas même la mort, ou la vieille Po-Po (à ne pas confondre avec le singe). A la limite on pourrait même faire tout un article sur Po-Po (le singe cette fois, vous suivez là ? Et oui il y a un lien…) qui mérite sa place dans le top 5 des meilleurs animaux anthropomorphisés des toute l’histoire des comics. Mais passons plutôt à la patte graphique du titre.

C’est Jeff Johnson qui doit avant tout être crédité pour celle-ci. Le dessinateur a un style très propre et élégant, fait de lignes claires. Il sait parfaitement représenter les scènes d’action, dignes des films hongkongais, et ses divers personnages ont tous des « gueules » très réussies, malgré le parti pris réaliste de l’ensemble. Bref on se croirait devant un film. Mais là où il tutoie les étoiles, c’est en termes de design et de mise en page.

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La série possède une véritable identité visuelle. Les personnages comme l’architecture sont en tous point remarquables, et témoignent des grandes connaissances de l’Asie de Jeff Johnson (Chuck Dixon continua de lui demander des conseils et références même après que l’artiste eu quitté le titre). Mais la vraie trouvaille vient de cette technique consistant à beaucoup charger toutes les pages (toutes les cases même), que ce soit pour le nombre d’éléments représentés ou au niveau des détails. Ce n’est jamais confus ni fatigant, mais ça donne au contraire une impression de fourmillement, de frénésie (voire de chaos contrôlé), qui sert parfaitement le récit et s’avère très immersive. Zhumar et tout ses occupants vivent réellement sous nos yeux. Un sentiment encore renforcé par les couleurs chatoyantes de Chris Garcia, pétillantes à souhait. A noter que Roy Wigham et Luke Ross se débrouillent très bien pour les fill-ins, la substitution étant parfois difficile à repérer.

Drôle, spectaculaire, magnifique, chamarré, Po-Po. Voici en cinq mots toutes les raison de découvrir Way Of The Rat. Bon, comme toute les série Crossgen c’est un peu difficile à trouver. Inédit en français à ma connaissance, les tpbs sont rares (les deux premiers sont chez Crossgen, le troisième chez Checker Books, et les numéros 19 à 24 ne sont disponibles qu’en singles). Par contre les singles, justement, sont assez bon marché et pas trop rares sur le net. Alors bonne chasse, et puissiez-vous ne pas vivre à une époque intéressante (un point bonus pour qui saisit la référence…).

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