The Wanderer’s Treasures #61, Phonogram : Rue Britannia

Phonogram Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Kieron Gillen et Jamie McKelvie sont en ce moment en train de mettre tout le monde d’accord avec leur génialYoung Avengers, dans le cadre de Marvel Now ! Mais ce n’est pas la première collaboration du duo. En effet, avant cela, en 2009 ils avaient déjà réalisé Phonogram : Rue Britannia, mini-série en six numéros publiée chezImage.

(Notez que Rue Britannia est un jeu de mots sur le chant patriotique Rule Britannia et le verbe « to rue » qui veut dire regretter. Rien à voir avec le mot français.)

Phonogram est une œuvre assez difficile à définir, encore plus à résumer en une formule choc. Mais s’il fallait néanmoins le faire, on pourrait dire sans trop se tromper qu’il s’agit d’un croisement brillant entre Hellblazer et The Unwritten, où la musique remplace la littérature.

Hellblazer car le « héros », David Kohl, n’est pas sans rappeler John Constantine. Magicien de son état, comme le sosie officieux de Sting, il est un phonomancer, c’est-à-dire un mage tirant son pouvoir de la musique. Attention, ça ne veut pas dire qu’il pousse la chansonnette quand il veut jeter un sort. C’est plutôt qu’il arrive à tirer partie de la puissance mystique intrinsèque de la musique et de tout ce qui y est lié. Et il y est lui-même lié. Quand je vous disais que ça ne se résume pas facilement… Mais surtout, ce qui le rapproche de Constantine, c’est que c’est un combinard, égocentrique, et un parfait con****. Personnage qui aurait tout pour être haïssable, il conquiert en fait le lecteur par son immense charisme.

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Le parallèle avec The Unwritten est tout aussi évident à établir. Phonogram est en effet une magnifique déclaration d’amour teintée de haine et même d’un brin de cynisme à la Brit Pop des années 90. La Brit Pop c’est, selon les auteurs : « un mouvement [britannique] des années 90 fabriqué de toute pièce de pop à la guitare fondé sur un rejet explicite du grunge américain en faveur d’influences nationales » (traduction aussi exacte possible de votre serviteur). Or l’essence même de ce cher David Kohl est intrinsèquement liée à ce mouvement. On en explore donc l’histoire, l’influence, les classiques et les codes tout au long de l’histoire.

Une histoire qui consiste pour l’essentiel en une quête de David pour retrouver l’esprit de cette musique, incarné pour l’occasion, et dont une « cabale » veut se servir. Mais en réalité c’est moins épique que ça en a l’air résumé ainsi, et beaucoup plus intimiste. Il s’agit plutôt d’une exploration de ce que représente un mouvement musical pour ceux qui l’ont vécu, de l’impact qu’il peut avoir sur les gens, leur vie… Le tout saupoudré de magie qui n’est pas sans rappeler ce qu’on peut croiser dans The Unwritten ou même de ce qu’on trouve sous la plume de Neil Gaiman (surtout dans ses romans comme NeverwhereAmerican Gods ou le récent et dérangeant The Ocean At The End Of The Lane). Pas de boules de feu ou de batailles dantesque. Juste l’irréel qui se fait réel. L’ensemble est teinté d’un onirisme résolument contemporain, et d’une touche so british qui ne s’explique pas, elle ne peut que se constater.

Phonogram Wanderer's Treasures Comic Talk

Mais ce qui est sans doute le plus bel aspect de Phonogram, c’est que c’est le genre d’œuvre qui est si bien écrite qu’elle vous fait vous sentir intelligent, sans jamais être pédante. Comprenez par exemple qu’elle est truffée de références à la musique (noms de groupe, titres, même des paroles citées…), qu’il s’agisse de la BritPop bien sûr, mais aussi des genres qui l’ont précédé comme le punk, etc… Mais nul besoin d’être un musicologue averti pour apprécier la série. Comme Gillen le dit lui-même : « Tout ce que vous avez besoin de savoir sur un groupe est dans la narration, et devrait pouvoir être compris à partir du contexte. Et de la façon dont Kohl méprise, disons, Khula Shaker, vous savez que c’est un groupe horrible. Vous savez ce que c’est de détester un groupe. ».

En effet Kieron Gillen réussit à intégrer toutes ces références dans sa narration de manière naturelle et fluide, afin de ne jamais perdre son lecteur. J’en suis la preuve vivante : j’ignorais jusqu’au terme de Brit Pop, et des groupes cités je ne devais connaître qu’OasisBlur et un ou deux autres genre Baby Shambles, et pourtant j’ai parfaitement suivi l’intrigue. Et comme les auteurs font bien les choses, ils ont inclus à la fin du trade paperback(et apparemment dans les singles, mais là je dois les croire sur parole) un petit lexique expliquant simplement et avec humour TOUTES les références. On se surprend ainsi à en apprendre beaucoup sur le mouvement Brit Pop et la musique en général.

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Enfin niveau dessin Jamie McKelvie n’était pas encore aussi brillant que sur Young Avengers, mais sont trait simple et élégant, privilégiant les lignes claires, fait des miracles. Tout est épuré, minimaliste même, quasiment le style animated à la Bruce Timm mais sans ses formes exagérées. Il n’y a pas de détails mais ils ne manquent pas, et on se laisse porter par le dessin comme par le récit.

Ne vous y trompez pas, Phonogram : Rue Britannia est une œuvre exigeante, pas à cause des références qui l’émaillent, mais à cause de son atmosphère, qui nécessite de s’y abandonner complètement, et de sa subtilité dans le traitement de l’univers comme des personnages. Mais le voyage vaut la peine. Ballade onirique et nostalgique, même pour ceux qui n’ont pas connu cette époque, récit touchant et intimiste, c’est belle et bien une petite perle qui n’a rien à envier à Young Avengers. Enfin, si vous êtes tentés, sachez qu’Image fait preuve d’un goût très sûr (qui a dit d’un grand sens du commerce ?) en rééditant ce tpb (et le volume 2 de la série, que je n’ai pas lu). Cette nouvelle édition devrait sortir en octobre.

En attendant je vous dis à bientôt. « Can’t imagine a world without me ».

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