The Wanderer’s Treasures #62, The Infinite Vacation

The Infinite Vacation Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Un cerveau, un cœur et des yeux. Voilà tout ce qu’il vous faudra pour apprécier The Infinite Vacation, mini-série de Nick Spencer et Christian Ward, publiée chez Image sous le label Shadowline.

Un cerveau parce que The Infinite Vacation part d’un pitch brillant et ne fait que s’améliorer ensuite. Vous connaissez le chat de Shrödinger ? C’est une métaphore, qui sert à expliquer un phénomène de physique quantique : la superposition d’état. La métaphore consiste à considérer qu’un chat enfermé dans une boite opaque ni pas vivant ou mort mais vivant ET mort A LA FOIS tant que l’observation (en ouvrant la boite) ne l’a pas fixé dans un de ces deux états.

Une manière défiant moins la logique d’envisager cela est de considérer qu’en fait il existe plusieurs univers parallèle, l’un ou le chat est vivant, l’autre ou il est mort. Appliquez ça à grande échelle, à tous les choix possibles et imaginables (Et si votre réveil était tombé en panne ce matin ? Et si vous n’aviez jamais fumé cette première cigarette ? Et si l’astéroïde qui a causé l’extinction des dinosaures avait raté la Terre ?). Agitez. Et vous obtenez une infinité d’univers possibles.

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Imaginez maintenant que vous puissiez visiter ces univers ? Voire changer de vie avec une version alternative de vous (celui qui n’a pas arrêté ses cours de guitare en arrivant à la fac et qui est devenu un dieu du rock ?). Le tout en utilisant une appli sur votre smartphone et moyennant quelques dollars (ok, un bon paquet de dollars parfois, rockstar c’est très demandé). Bienvenue dans le monde de Mark, anti-héro de The Infinite vacation. « Anti » pas au sens de « bad guy qui flingue des bad guy ». Au sens de loser. A qui on offre l’infini et qui ne sait pas quoi en faire.

Mais s’il existe une infinité d’univers possibles, il doit aussi exister un univers où il n’y a qu’un seul univers. Impossible ? Inéluctable. C’est le crédo des singularistes. Les deadenders, qui ne veulent pas voyager d’un univers à l’autre. Et c’est un exemple du genre d’idées brillantes, tirant tout le parti d’un concept de départ extraordinairement riche. Le genre de trouvailles qui donnent envie de classer Nick Spencer dans la catégorie des illuminés de génie du style Grant Morrison. Sauf que là ça a beau être super ambitieux et pointu (ça discute allègrement physique quantique et philosophie), ça reste parfaitement accessible. Mieux, ça se lit tout seul.

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C’est là que les yeux interviennent. Christian Ward n’est pas que le dessinateur de The Infinite Vacation. Il en est l’artiste. Il est rare de voir un comic book aussi révolutionnaire visuellement, le tout en permanence au service de l’histoire. Tout y passe. Mises en page audacieuses, que ce soit pour la forme, le placement, voire l’absence de cases. Les couleurs sont bigarrées, chatoyantes, avec un rendu peinture. Ça ne se décrit pas, ça s’admire. On ne compte plus les pages qui sont de véritables tableaux surréalistes. Mais ça reste toujours une vraie bande dessinée. L’artiste joue avec les codes mais ne s’en affranchit pas. A cela s’ajoutent des passages sous forme de roman-photo, qui accroissent encore l’immersion pour le lecteur. Et des designs impeccables, notamment pour toutes les versions alternatives de Mark qu’on est amené à croiser. Et Claire.

« Cherchez la femme » dit-on dans tous les polars noirs. Ça marche ici aussi, et c’est là que le cœur intervient. Car en plus d’être un récit de science-fiction brillant, The Infinite Vacation est aussi une histoire très simple. Un petit paquet d’émotions brutes et primaires dans un emballage ultrasophistiqué. C’est l’histoire du garçon qui rencontre la fille. C’est l’histoire d’un homme qui se cherche une raison. De vivre. De rester.

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Ajoutez un patron de multinationale (multidimensionnelle ?) avec autant de scrupule que Mr Sylvestre, un tueur psychopathe complètement déglingué (pas la meilleure idée de la série d’ailleurs). Saupoudrez d’une chasse à l’homme entre les univers. Liez le tout avec des dialogues impeccables de naturel. Le résultat est une trame scénaristique qui n’est pas la plus révolutionnaire du monde mais qui est un prétexte parfait et remarquablement exploité à la découverte de l’univers du titre et à l’évolution de Mark en tant que personnage.

The Infinite Vacation est une œuvre innovante et brillante dans la forme, bourrée d’idées géniales, et absolument éblouissante sur le plan visuel. Et c’est une histoire simple et poignante. Un numéro d’équilibriste parfaitement réussi, pour un petit bijou à ne pas manquer.

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2 Responses to The Wanderer’s Treasures #62, The Infinite Vacation

  1. yaki dit :

    Infinite Vacation est un petit bijou passé à mon sens trop inaperçue. La faute à un une sortie plus que chaotique.
    En espérant, qu’un tp sorte rapidement pour que chacun puisse profiter de ce titre de grande qualité.

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Le hardcover est dispo en VO, presque format « prestige » (ou « deluxe ») pour la taille. Et je suppose qu’un tpb format classique devrait suivre.

      Par contre je ne sais pas si une sortie vf est prévue.

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