The Wanderer’s Treasures #63, The Unwritten : Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice

The Unwritten Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

« Brillant ». « Génial ». Des termes souvent galvaudés, employés à tant de reprises qu’ils en perdent tout sens. Un pêché dont je me suis moi-même rendu coupable. Mais une fois de temps en temps, au hasard de nos lectures, on tombe sur une œuvre qui vient nous rappeler ce que signifient réellement ces mots. Ce ne sera pas forcément l’œuvre la plus tape à l’œil, ni la plus attendue. Mais elle vous rappellera pourquoi vous admirez tant tel ou tel auteur.

Pour moi, cette œuvre a été The Unwritten : Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice, par Mike Carey et Peter Gross, hardcover publié par Vertigo.

Autant l’avouer tout de suite, je suis un inconditionnel de The Unwritten (et du travail de Mike Carey en général). J’adore cette histoire de Tom Taylor, le fils de Wilson Taylor, l’auteur à succès des romans Tommy Taylor (un pastiche des Harry Potter), qui découvre une gigantesque conspiration visant à contrôler les histoires qui donnent forme à notre monde. Car plus qu’une histoire fantastique, The Unwritten est une histoire à propos des histoires, de leur pouvoir, de leur influence sur notre perception de la réalité. Et c’est aussi une superbe lettre d’amour à la littérature, remplie de références intelligentes et intelligibles pour tous.

Bless you Tommy, she does love your stories.

Pourtant, j’avoue que j’avais quelques doutes en ouvrant ce Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice, sorte de luxueux hors-série. Déjà parce qu’il s’agissait à priori non pas d’une histoire de Tom Taylor, le héros de la série The Unwritten, mais de Tommy Taylor, le héros littéraire factice pastichant sans honte Harry Potter.

Et autant j’avais parfaitement compris l’intérêt pour Mike Carey d’utiliser l’archétype du « garçon magicien », avec force références, pour lancer The Unwritten en offrant aux lecteurs un point de référence connu ; autant pour moi Tommy Taylor, son école de magie avec son vieux professeur, ses amis magiciens et son chat ailé, n’avaient aucune valeur en eux-mêmes. Ils n’étaient qu’une ficelle scénaristique, intelligente mais qui avait rempli son office et qu’on pouvait maintenant oublier.

Mais le nom de Mike Carey sur la couverture m’a quand même fait acheter ce tome, contant la première aventure de Tommy Taylor. Et au fil des pages, je me suis rendu compte que je me prenais au jeu. Que je m’intéressais aux péripéties de cet orphelin, dépourvu de pouvoir magique mais courageux et au cœur grand comme ça. J’ai aimé les révélations sur ses parents, puissants magiciens disparus alors qu’ils venaient de trouver un trésor fabuleux, tués par le Comte Ambrosio, créature maléfique à la puissance magique extraordinaire.

Les rebondissements n’étaient pas à tomber à la renverse, mais le tout fonctionnait bien. Et oui, à chaque page je réalisais que le pastiche d’Harry Potter se faisait presque plagiat. Mais qu’en avais-je à faire ? J’étais prévenu au départ. Et surtout, je réalisais peu à peu que de toute manière ce n’était pas là que résidait le véritable intérêt de cette œuvre.

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But oh God, how beautiful he is.

J’ai commencé à en prendre conscience en découvrant les pages consacrées à la création de Tom Taylor par son père, Wilson Taylor. Création, oui, car on y découvre en détail comment l’auteur (fictif donc) a entremêlé les gestations de son héros de fiction et de son propre enfant, leurs histoires, pour faire de Tom l’être unique à même de défier la conspiration gouvernant le monde dans les pages de The Unwritten.

Les lecteurs de The Unwritten, auxquels cet ouvrage est clairement destiné (malgré son statut « hors-série », il n’est en rien une porte d’entrée pour le nouveau lecteur), savaient déjà tout cela. Mais ils découvriront le véritable Wilson Taylor. Un homme cynique, méprisant, manipulateur sans scrupule prêt à tout pour arriver à ses fins, mais dont la façade ignominieuse se craquelle parfois. Un être complexe, qui n’arrive pas totalement à se détacher de son humanité. Quoi qu’on se demande si l’affection qu’il semble parfois ressentir est pour son fils ou sa création…

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Et ce n’est pas tout. Car Mike Carey pousse la mise en abîme encore plus loin. Je vous disais plus haut combien je m’étais surpris à aimer l’histoire de Tommy Taylor malgré son côté plagiat d’Harry Potter et une construction scénaristique somme toute très convenue. Et bien c’était le but.

A la fin on découvre des fausses critiques littéraires qui disent exactement cela du (faux) roman Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice, qui souligne l’utilisation abusive d’archétypes, les faiblesses de construction, les ficelles scénaristiques prévisibles, les dialogues et la narration parfois bancals (bien réels, et que Carey a sans doute dû se forcer à rajouter)… Et le plaisir immense qu’on a pris à lire le livre malgré tous ces défauts.

Mike Carey a ainsi réalisé un tour de magie et nous le fait comprendre en nous révélant l’artifice. La magie de l’œuvre de Wilson Taylor a fonctionné dans le monde réel comme elle fonctionne dans celui, fictif, de The Unwritten. Nous avons été pris par cette histoire.

The Unwritten Wanderer's Treasures Comic Talk

Si Mike Carey mérite bien des éloges, il ne faut pas non plus oublier Peter Gross. L’artiste et co-créateur de la série s’occupe ici des mises en page et partage les finitions avec Kurt Huggins, Al Davison, Russ Braun, Shawn McManus,Dean Ormston et Gary Erskine. Malgré cette pléthore de créateurs le résultat présente une belle homogénéité visuelle, aidé en cela par les couleurs façon aquarelle de Zelda Devon et bien d’autres (Al Davison, Chris Chuckry, Eva de la Cruz et Jeanne McGee). Ça fait beaucoup de noms, mais tous méritent d’être cités vu la qualité de leur travail.

The Unwritten : Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice est une œuvre qui vous prend par surprise. Qu’on se dit qu’on aime plus qu’on ne le devrait, et qui vous révèle à la fin que c’était bien là le but. Une double mise en abîme qui franchit le quatrième mur sans même qu’on s’en rende compte, jusqu’au moment où elle vient nous le susurrer à l’oreille. Un tour de passe-passe brillant d’un auteur décidément génial.

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3 Responses to The Wanderer’s Treasures #63, The Unwritten : Tommy Taylor And The Ship That Sank Twice

  1. R-bert dit :

    Whao! Ca donne envie!
    Moi qui avait toujours cru que The Unwritten était un sous Sandman (Carey avait fait aussi Lucifer, spin-off de Sandman), je vais peut-être m’y mettre, si j’ai du temps…

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Merci :-)

      En effet The Unwritten n’a pas grand chose à voir avec Sandman niveau thèmes explorés. Si j’avais un conseil, c’est de lire les deux premiers tpb d’un traite, parce que le premier seul est trompeur. On peut croire que c’est juste un pastiche d’Harry Potter alors qu’il n’en est rien (mais on ne le comprend qu’à la lecture du dernier numéro inclus dans le recueil, consacré à Rudyard Kipling et son oeuvre).

      Et j’avais adoré Lucifer :-)

  2. R-bert dit :

    Ok, merci pour le conseil. J’essaye de lire ça au plus vite. Mais en ce moment je n’ai pas beaucoup de temps, et en plus je suis dans une boulimie de Doug Mahnke (ses découpages tuent tout!).

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