The Wanderer’s Treasures #65, Dawn : Lucifer’s Halo

Dawn Lucifer's Halo Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Dawn n’est pas une série, ni un personnage, dont il est aisé de parler. Parce que c’est une œuvre qui fait avant tout appel aux émotions. C’est un poème. C’est une déclaration d’amour. C’est le produit d’une obsession, et sans doute d’une bonne part de fantasmes et d’angoisses entremêlés. C’est une métaphore de trop de choses pour pouvoir l’expliquer, et qu’on comprend pourtant instinctivement.

Dawn a été l’héroïne de trois mini-séries (Lucifer’s Halo, Return Of The Goddess, Three Tiers) et quelques one-shots (Not To Touch the Earth, The Swordmaster’s Daughter). Joseph Michael Linsner, créateur de la belle déesse, fut l’auteur de toutes ses apparitions (scenario et dessin). Avant cela elle jouait les hôtesses dans les numéros de l’anthologie Cry For Dawn, toujours de Linsner.

Il me serait sûrement plus facile de vous parler des one-shots, tous deux des adaptions de légendes d’origines diverses (celtiques notamment). Mais ces récits, pour plaisants qu’ils soient, ne permettent pas d’aborder vraiment Dawn. Pour cela il faut se lancer dans les mini-séries, et plus précisément la première : Lucifer’s Halo. Et c’est là que les ennuis commencent pour le chroniqueur désireux de vous faire découvrir ce titre.

Il est en effet déjà assez difficile de résumer l’intrigue de cette histoire. Disons qu’elle se déroule dans un New York à priori post apocalyptique, mais dont on ne sait finalement pas grand-chose. Tout juste apprend-on que des guerriers s’y livrent bataille et pillent les corps des vaincus pour avoir de quoi vivre. Darrian Ashoka est l’un de ces guerriers, et au début de l’histoire il se rend au grand « chacun pour soi » du samedi soir de Times Square avec son camarade de combat Jayne Goldbaum.

Au beau milieu de la bataille, il va apercevoir une magnifique jeune femme rousse. Dawn. La déesse. Il part à sa poursuite, pourfendant tous ceux qui se dressent en travers de sa route, jusqu’à la retrouver au sommet d’un immeuble. Ils font alors l’amour. Puis Dawn part, ne laissant derrière elle que quelques paroles énigmatiques.

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On la retrouve aux portes du Paradis, littéralement, où Ahura Mazda (aussi appelé Adonai, Yahwe, Allah… oui celui-là) lui demande d’aller en enfer récupérer le halo de Lucifer. Alors elle y va. Et le précieux halo obtenu, elle retourne sur terre pour en faire don à Darrian.

C’est à partir de là que toute tentative de résumer plus avant l’intrigue de cette mini-série devient un exercice aussi difficile que vain. J’aurais pu vous parler de l’ascension de la tour de l’église, des combats titanesques contre des hordes d’anges et de démons, ou de la confrontation finale. Mais c’est comme raconter un poème plutôt que de le dire. Ça n’a aucun intérêt.

La force de Lucifer’s Halo réside dans le tourment intérieur de Darrian. Sa quête d’un but. Son obsession pour Dawn. Et la découverte de sa véritable nature grâce à celle-ci. Mais aussi dans la poésie torturée du récit et de son univers pourtant à peine esquissé.

L’amour, la haine, la mélancolie, la solitude, sont autant de thèmes abordés, évoqués à travers des tableaux oniriques où se mêlent allègrement la religion chrétienne, le paganisme et la mythologie personnelle de l’auteur. Le monde n’est qu’un prétexte à un déferlement d’émotions et de lyrisme, teinté parfois du quotidien, entre rêve et réalité, ou plutôt mêlant les deux puisqu’il n’y a qu’un monde.

Pour en revenir à des considérations plus terre à terre, on peut louer le talent d’écriture de Joseph Michael Linsner, qui parvient à envoûter son lecteur, à l’entraîner dans le tourbillon de ses obsessions personnelles, sans jamais le perdre. Il trouve l’équilibre entre l’aventure pure et dure et la poésie, l’exploration de ses personnages, et même se dit-on parfois de ses névroses.

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Les dialogues sont à ce titre magnifiques, entre solennité et modernité, émaillés de citations, ils participent à la création d’une atmosphère. Et surtout ils sont juste assez mystérieux pour exciter la curiosité du lecteur, titiller l’imagination, et restent assez clairs pour que le moment venu le même lecteur comprenne chaque allusion, chaque métaphore, et le sens de chaque citation.

Et que dire alors de la beauté plastique de l’œuvre. D’un point de vue purement technique on saluera le sens du story-telling de Linsner. Les mises en page sont sublimes, alternant découpage classique et splash pages aussi opportunes qu’épiques. Le trait est reconnaissable entre mille, possédant une réelle identité. Les personnages, à la fois réalistes et tout en rondeurs sont impressionnants de naturel, dans leurs expressions comme dans leurs attitudes. Et les couleurs sont splendides, servant toujours à souligner l’ambiance.

Le plus remarquable dans tout cela est sans doute tout le travail de design effectué par Linsner. On y retrouve quelque chose de Luis Royo, notamment pour cette aptitude à mêler le moderne et le médiéval. Les décors se font parfois rares (sachant que cela tient à mon avis plus du parti-pris narratif que de la paresse), mais compensent par leur qualité. New York est reconnaissable, et certains lieux imaginaires laissent pantois (la tour de l’église notamment).

Mais surtout il y a les personnages. Dawn. Superbe, envoûtante, séduisante, touchante, sensuelle, toujours drapée dans des tenues aussi extravagantes que géniales. Comment ne pas tomber sous le charme de cette déesse, à l’instar de Darrian ? Darrian qui n’est pas mal non plus dans le genre, son allure de prince charmant contrastant avec le pouilleux Jayne. Et l’Apollon peut aussi se faire barbare.

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On appréciera aussi le sous-entendu lié aux apparences similaires d’Ahura Mazda et Lucifer. Sans parler du dieu cornu Cernunnos. A ces attraits évidents s’ajoutent nombre de subtilités, comme la rose et la chaine que porte Dawn, où ces trois larmes figées sous son œil gauche. Autant de petits détails dont on se régale à deviner la signification au fil du récit.

Dawn : Lucifer’s Halo est une œuvre riche et pourtant étonnamment accessible malgré sa dimension poétique. C’est une aventure, mais c’est surtout un voyage onirique et épique dans un tourbillon d’émotions, à la poursuite de cette fascinante et énigmatique déesse. Une poursuite qui reprend dans le troisième volume de la saga, Dawn : Three Tiers (la deuxième mini, Return Of The Goddess étant vraiment à part), où Darrian poursuit son odyssée. Je n’en dirai pas plus, cet ouvrage méritant lui aussi un article complet. « See you on the other shore »… 

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3 Responses to The Wanderer’s Treasures #65, Dawn : Lucifer’s Halo

  1. Caledine dit :

    Excellente review qui donne vraiment envie d’explorer ce monde fabuleux. Je possède déjà ce volume l’ayant trouver pour pas cher lors d’un salon mais je crois que je vais me laisser tenter par les 2 autres également.

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      Merci :-) Je ne peux en ffet que te conseiller les autres volumes, (même si comme je crois l’avoir dit dans l’article le deuxième est vraiment à part). En plus la quatrième mini-série a été annoncée pour cette année (bon j’espère qu’il n’y aura pas de retard) ainsi que le premier crossover de de Dawn, avec Vampirella, qui devrait sortit pour avril (ou être commandable en avril, je ne me rappelle plus…).

  2. Caledine dit :

    Je vais donc suivre ton conseil et me commander tout ça dès que possible. Merci encore pour votre superbe travail à tous et pour toutes les merveilles que tu nous fait découvrir.

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