The Wanderer’s Treasures #66, The Pulse

The Pulse Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Quand on pense « comic de qualité inconnu du grand public », le nom de Brian Michael Bendis n’est sans doute pas celui qui vient en premier à l’esprit. En effet l’auteur donne plutôt dans le blockbuster très connu, et même les petites productions indépendantes de ses débuts (Jinx, Goldfish, Torso…) ont aujourd’hui atteint un statut « culte ». Quant à ses œuvres vraiment peu connues, c’est plus au niveau de la qualité qu’elles pècheraient (Moon Knight anyone ?).

Pourtant, un titre correspond à cette définition : The Pulse. Série de 14 numéros réalisée pour Marvel avec Mark Bagley, Brent Anderson, Michael Lark et Michael Gaydos, The Pulse était la suite de la série Marvel Max Alias (elle aussi devenue culte, à juste titre). Une suite qui passa totalement inaperçue, et c’est bien dommage.

Avant toute chose, quelques éléments de contexte. Alias c’était l’histoire de Jessica Jones. Ex-super-héroïne qui avait raccroché les collants suite à une mésaventure traumatisante aux mains du Purple Man, Jessica avait ouvert une agence de détective privé, Alias Investigation. On avait donc suivi ses péripéties durant 28 numéros, découvrant ses tendances autodestructrices pour la boisson et les relations sentimentales foireuses, mais aussi une jeune femme forte, intelligente et déterminée malgré le bagage XXL qu’elle se trimbalait. La série s’achevait sur une note positive puisque Jessica finissait par reprendre (plus ou moins) sa vie en main et débutait une vraie relation avec Luke Cage. Le nouveau couple attendait même un enfant. Clap de fin, générique, coupez.

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Mais quand Brian Bendis aime une héroïne, il n’est pas du genre à la laisser tomber aussi vite (il finit par la laisser tomber, mais il met plus de temps, hein Spider-Woman ?). Alors une fois Alias achevée, (et sans doute pour capitaliser sur le succès de la série Max) le scénariste a décidé de « rapatrier » Miss Jones dans l’univers Marvel « ordinaire », en tirant partie de l’ambiguïté des séries Max dont il est décidé au cas par cas si elles comptent pour la continuité « classique » ou pas. The Pulse est ainsi née.

La série partait avec, sinon des a priori négatifs contre elle, du moins sans le soutien inconditionnel des fans. On entendait dire que sans le sexe (dont il n’y avait finalement pas tant que ça), les jurons (ça il y en avait plus) et l’ambiance ultra noire on n’aurait droit qu’à une version édulcorée d’Alias, sans tout ce qui en faisait le sel. Quelle erreur !

The Pulse commence donc au lendemain de la fin d’Alias. Jessica Jones est en couple avec Luke Cage, enceinte, et au chômage. C’est alors que Jonah Jameson, rédacteur en chef du quotidien le Daily Bugle, lui propose un job. Jessica serait une sorte de consultante, travaillant en tandem avec Ben Urich (le journaliste d’élite du Bugle, mais qui traverse une mauvaise passe), pour créer un supplément au Bugle traitant des super-héros : The Pulse.

Un pitch qui mérite la palme de la meilleure idée finalement jamais exploitée. Parce qu’une fois ce prétexte à un rapprochement entre Jessica Jones et Urich qui débouchera sur la première « enquête », les liens de Miss Jones avec le journalisme seront on ne peut plus ténus. Et on ne verra surtout jamais un numéro de ce fameux supplément. En fait on suivra Jessica le temps de trois arcs éminemment personnels, suites naturelles de l’évolution du personnage depuis Alias.

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Le premier arc la voit tenter de continuer à mettre sa vie en ordre, en gérant son couple et un job (risqué en plus). Le tout sur fond d’enquête policière suite au meurtre d’une journaliste du Bugle par un super-vilain sur lequel elle enquêtait.

Le deuxième est un tie-in à la mini-série Secret War (de Bendis et Gabriele Dell’Otto), où Jessica part en quête de Luke Cage, grièvement blessé après une attaque surprise en représailles aux magouilles de Nick Fury dans ladite mini. A noter que s’il est appréciable d’avoir lu Secret War pour tout saisir de cet arc, ce n’est pas indispensable. En effet Jessica est dans la même position que le lecteur, à savoir quelqu’un qui ne connaît rien à toute cette histoire de guerre secrète, navigue à vue, et ne se préoccupe que de retrouver celui qu’elle aime. Alors pour peu que vous supportiez, comme l’héroïne, de ne jamais tout saisir, ça peut aussi être une manière d’apprécier cette histoire.

Le troisième et dernier arc se concentre lui sur la naissance de l’enfant de Jessica et Luke, avec en codicille la première rencontre des deux amoureux à l’époque où la miss jouait encore les super-héroïnes. Une tranche de vie touchante, drôle et jamais mièvre, qui achève superbement le voyage de Jessica en tant que personnage entamé dans Alias. A noter qu’il y a aussi un tie-in House Of M (#10), bon mais vraiment à part.

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A ce stade je pourrais vous répéter à quel point Jessica Jones est un personnage, profond et attachant, et la joie qu’on éprouve à la suivre tout au long de ses mésaventures. Bref à quel point The Pulse est la digne continuation d’Alias, que tout fan de la série originale devrait lire. Ni le sexe, ni les jurons non censurés ne manquent, et si l’ambiance est moins noire, c’est ma foi fort logique, Jessica Jones étant bien moins au fond du trou. Et Alias c’était Jessica Jones. Mais The Pulse c’est plus.

The Pulse c’est aussi Ben Urich. On l’avait oublié celui-là. Bombardé collaborateur de Jessica, on aurait pu s’attendre à ce qu’il soit au mieux un second rôle intéressant, comme il le fut par exemple dans Daredevil. Mais c’est bel et bien face au second héros de la série qu’on se trouve. Car pour chaque péripétie de Jessica Jones, il y a une enquête journalistique du sieur Urich.

Le ton est donné dès le premier arc où le journaliste vole littéralement la vedette à sa comparse, et ne la lui rend jamais vraiment (même s’il se fait plus discret). On découvre tout au long de la série pourquoi Ben Urich est un reporter d’élite. Et surtout on retrouve cette image d’Epinal, cet archétype de héros un peu oublié qu’est ledit reporter. Celui qui lève le voile sur les crimes crapuleux, qui met à jour les manigances des puissants, mais qui est aussi là pour servir de porte parole aux petits, aux obscurs, aux sans grade.

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Et au-delà de ça The Pulse c’est aussi une chronique de la vie d’un journal.  La quête de l’information, de la vérité, et d’un bon tirage, avec tous les dilemmes que cela peut entraîner (toute vérité est-elle bonne à dire ?). C’est l’occasion de découvrir Jonah Jameson non pas comme un bouffon irascible mais comme un véritable homme de presse, dans les veines duquel coule l’encre plutôt que le sang. Mais n’allez pas croire que Jonah n’est plus Jonah pour autant.

Et The Pulse c’est encore bien d’autres choses, comme une réinterprétation remarquable de Norman Osborn, qui confère encore plus de noirceur au vilain. C’est la suite de la transition de Luke Cage depuis le héros culte marqué par la Blacksploitation vers le personnage de premier plan qu’il est devenu dans New Avengers. Ce sont des clins d’oeil de Bendis à ses autres titres de l’époque, comme cette conversation entre Ben Urich et Spider-Man où ils évoquent un certain diable aveugle. Les références au passé de l’univers Marvel sont d’ailleurs très bien amenées, de sorte qu’elles réjouiront les férus de continuité sans constituer des obstacles pour qui ne connaîtrait pas le détail des évènements.

The Pulse c’est aussi une série très bien dessinée. Le style très clair, lumineux et dynamique de Mark Bagley, qui dessine le premier arc, tranche avec le reste mais n’en demeure pas moins très agréable, l’artiste étant très en forme. Mais force est de constater qu’à partir du numéro 6, les styles plus sombres et gritty de Brent Anderson, Michael Lark et surtout Michael Gaydos (lui qui officiait sur Alias) collent encore mieux. Ils apportent cette touche de réalisme qui sied si bien à cette vision « depuis la rue » de l’univers Marvel.

The Pulse est donc la digne continuation d’Alias. C’est aussi une ode au journalisme dans ce qu’il a de plus noble. Mais plus que ça c’est une série rare, inclassable dans les catégories traditionnelles, qui nous offre un autre regard sur l’univers Marvel et ses protagonistes.

« We are the voice of the people. We’re the voice of the common man. The commuter. The coffe gut. », Terri Kidder, reporter au Daily Bugle.

C’est ça The Pulse…

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2 Responses to The Wanderer’s Treasures #66, The Pulse

  1. [...] Urich, son collègue du journal, est quasiment aussi important qu’elle par moments – cf. la chronique de ComicTalk) mais qui, dès qu’on gratte un peu sous la surface, ne manque pas de subtilité. Je recommande [...]

  2. [...] Urich, son collègue du journal, est quasiment aussi important qu’elle par moments – cf. la chronique de ComicTalk) mais qui, dès qu’on gratte un peu sous la surface, ne manque pas de subtilité. Je recommande [...]

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