The Wanderer’s Treasures #67, Air

Air Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

S’il y a bien un titre All-New Marvel Now qui a fait parler de lui dès son annonce, c’est Ms Marvel et sa nouvelle héroïne musulmane (et soyons francs, on en parlera sûrement nous aussi dès que j’aurais mis la main dessus). Mais on a paradoxalement très peu parlé de ses auteurs : Adrian Alphona et G. Willow Wilson.

Pour ce qui est du premier, je vous invite à relire les Runaways de Brian K. Vaughan pour (re)découvrir son style graphique si personnel et apprécier son sens du design. Mais si la série est brillante, elle est aussi si célèbre qu’elle n’a pas sa place dans cette rubrique.

L’œuvre de G. Willow Wilson est par contre bien moins connue, Ms Marvel étant sans doute sa première « grosse » série. Mais avant de passer chez la Maison des Idées, la scénariste a réalisé Cairo et Air chez Vertigo, à chaque fois avec le dessinateur M. K. Perker. C’est à cette dernière série que nous allons nous intéresser à présent…

Tout commence avec Blythe Cameron, une hôtesse de l’air de la compagnie Clearfleet qui souffre d’un mal encore plus étrange que son prénom : l’acrophobie (la peur des hauteurs). Une phobie plutôt paradoxale vu son métier. La vie de Blythe va basculer le jour où un passager nommé Javad Aryanpur va embarquer à bord du vol sur lequel elle officie. Javad a tout du parfait suspect dans un monde où la paranoïa post-11 septembre fait rage : teint basané, prénom exotique, djellaba et passeport orné d’un croissant et d’une étoile… Ajoutez à ça sa remarque énigmatique sur le fait qu’il connaît des membres du Hezbollah, et vous comprendrez l’attention que Blythe portera aux propos du tout aussi mystérieux Benjamin Lancaster quand il l’abordera au cours du même vol pour lui parler de son organisation : The Etesian Front. Une organisation secrète dont le but serait de rendre les cieux à nouveau sûrs, de les reprendre aux terroristes.

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Sauf que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. Javad réapparaît plusieurs fois, sortant de nulle part et changeant d’identité et de nationalité comme un serpent change de peau. Et le terroriste ce ne serait pas lui mais plutôt les membres du mystérieux Etesian Front. Ces mêmes membres qui demandent à Blythe de transporter un paquet pour eux. Et qui finissent par mettre sur pied un détournement d’avion que Javad, Zayn de son vrai nom, et Blythe vont déjouer. Tout ça dans le premier numéro. Et ce n’est qu’après ce préambule que l’histoire va vraiment pouvoir commencer.

Car loin d’être un simple thriller sur fond de théorie du complot et de paranoïa post-11 septembre, Air est avant tout une histoire fantastique. On le comprend quand Zayn disparaît mystérieusement, et ne peut contacter Blythe que par le biais d’une carte postale envoyée depuis un pays nommé Narimar.  Le problème ? Ce pays n’existe pas.

Ou n’existe plus pour être exact. Cette région située entre l’Inde et la Pakistan était bien réelle il fut un temps, mais elle a disparu, des cartes comme des esprits. Et c’est pourtant là que Blythe va se rendre, accompagnée de son collègue et ami au look gothique improbable Fletcher, et de sa colocataire, la sympathique et rondouillarde Mme Battacharya. Tout ça grâce à des coordonnées GPS et un message énigmatique : « the map is the territory ». On se croirait en plein roman de Neil Gaiman (comment en effet ne pas penser à Neverwhere et son Londres oublié ?).

C’est à partir de ce moment là qu’Air se dévoile vraiment, et surtout laisse entrevoir ses véritables enjeux. Car tout au long de ses vingt-quatre numéros, on assistera à la lutte entre les Etesians et Clearfleet pour la maîtrise de l’Hyperpraxis. Nom barbare pour une technologie héritée des aztèques qui promet de révolutionner le transport aérien en permettant aux pilotes qui peuvent l’utiliser de réinterpréter la réalité autour d’eux pour se déplacer. Et Blythe pourrait être l’hyperpract la plus puissante jamais vue. On naviguera ainsi en permanence entre philosophie, science-fiction et poésie la plus débridée, au rythme des aventures de la jeune femme.

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L’héroïne parcourra le monde et le temps, croisant Antoine de Saint-Exupéry, se liant d’amitié avec la légendaire pilote Amelia Earhart, elle-même une hyperpract arrachée à son époque. Elle ira du Moyen-Orient à la Russie et jusqu’à une cité volante cachée dans les nuages nommée Sky 1. Elle accomplira des quêtes dignes des romans d’aventure pour mieux apprendre à maîtriser ses facultés. Le tout entrecoupé par des conversations avec le serpent ailé Quetzalcóatl dans un rôle de guide spirituel. Mais surtout Blythe poursuivra Zayn.

Car tout autant qu’un récit fantastique, Air est une histoire d’amour entre deux êtres faits l’un pour l’autre que le destin sépare. Et quand ce n’est pas le destin qui s’en mêle, ce sont eux-mêmes qui semblent tout faire pour se mettre en travers de leur propre amour. Entre mensonges permanents, révélations contradictoires et manipulation, Blythe passera une grande partie du récit à chercher à savoir qui est vraiment le fantôme vivant dont elle est tombée amoureuse. G. Willow Wilson se joue superbement du lecteur, sachant semer le doute dans son esprit à plusieurs reprises.

Les personnages sont d’ailleurs remarquablement fouillés, et profondément humains. Blythe est absolument fascinante, alliant courage insoupçonné et réelle fragilité. Jamais surhumaine mais toujours assez astucieuse pour se sortir de guêpiers improbables. Touchant le fond mais toujours capable de se relever. Perdue, troublée, mais assez forte pour trouver sa voie. Zayn est tout aussi intéressant, passant progressivement de l’archétype du mystérieux aventurier à un personnage extrêmement complexe, aux motivations et aux réactions des plus réalistes. La découverte de son histoire personnelle, ancrée dans l’actualité et la situation au Moyen Orient, y est pour beaucoup. Et les personnages secondaires ne sont pas en reste. Amelia Earhart est sans doute la plus gâtée, la richesse de son histoire personnelle n’ayant rien à envier à celle des héros. Mais la cynique Renee D’Artemis, dirigeante de Clearfleet, le vaurien baroudeur grisonnant Northfield ou Fletcher et Mrs B. ne sont pas en reste et contribuent grandement à la richesse du récit.

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« Richesse » est d’ailleurs le terme juste, car Air fourmille de nombreux autres éléments. Il y est question d’Islam et de Djihad (et même du Heavy Metal Djihad contre les « trous-du-cul » qui pervertissent la religion musulmane par leur barbarie et leur bêtise, passage culte s’il en est). Il y est aussi question d’histoire de l’aviation et de littérature, de la puissance des symboles et de leur pouvoir sur la réalité, de traumatisme et d’addiction… On est toujours entre fantaisie et réalité, poésie aérienne et quotidien terre-à-terre.

Les dessins de M. K. Perker sont le reflet de cette alliance improbable. Très réalistes et détaillées, ils ancrent le récit dans la réalité et rendent le fantastique crédible. Le story-telling est à ce titre remarquable, l’artiste passant de mises en page classiques, très académiques, lorsque le réel prédomine, à des compositions bien plus audacieuses lorsque Blythe et ses compagnons s’aventurent dans des univers plus oniriques (les séquences de vol utilisant l’hyperpraxis ou les conversations avec Quetzalcóatl en sont les meilleurs exemples). Et les designs des personnages sont au passage tous très réussis. Notamment Blythe, belle sans avoir les allures de top model des héroïnes de comics habituelles, et dont le visage reflète à la fois la vulnérabilité et la détermination. Les expressions faciales sont d’ailleurs impeccables.

Air est donc un étrange cocktail de thèmes hétéroclites qui s’entremêlent parfaitement pour créer un monde à la fois fantastique et profondément ancré dans le réel que ne renierait pas Neil Gaiman. A la fois aventure fantastique, histoire d’amour, poésie, récit de science-fiction, thriller, peuplé de personnages marquants et complexes, superbement illustré, c’est une œuvre inclassable si ce n’est en tant que chef-d’œuvre des comics.

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One Response to The Wanderer’s Treasures #67, Air

  1. arnonaud dit :

    Woh, je ne connaissais pas mais ça donne vraiment envie.
    Les propos ont l’air cools, les dessins magnfiques… Il faut que j’essaye de lire ça.
    Et ça met en confiance vis à vis du potentiel de Ms.Marvel…

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