The Wanderer’s Treasures #71, Sunstone (spécial St Valentin)

Sunstone Comic Talk Wanderer's Treasures

Jeffzewanderer Par

Dear reader, this is the story of how I met the love of my life. That one person that compl… Wait ! Don’t leave yet ! This book has lots of hot lesbian bondage sex !

C’est sur ces mots que Sunstone, de Stjepan Sejic, aurait pu s’ouvrir (en fait il faut attendre la quatrième page pour les lire).

Sunstone est à l’origine un web comic né d’un burtnout créatif de Sejic après son long run sur Witchblade. Epuisé, il a repris quelques illustrations de pin-ups tendance fétichistes et les a postées sous un alias (Shiniez) sur Deviant Art. Puis les dessins gentiment érotiques sont devenus des petites vignettes, des gags, des instantanés entre ses personnages. Et un jour il a eu le déclic, et a voulu raconter l’histoire de ces femmes de papier. De là Sunstone est né. Publiée en intégralité sur le fameux compte Deviant Art, la série a désormais droit à une édition papier remaniée. Les découpages ont été intégralement revus pour s’adapter au format des pages d’un comic (jetez un œil au format adopté sur Deviant Art et vous comprendrez pourquoi ce travail était indispensable). Sejic a aussi ajouté quelques pages inédites pour donner du liant à sa narration, et retravaillé ses dessins et le lettrage pour rendre le tout plus abouti, plus propre.

Ça c’était la genèse. Mais au fond qu’est Sunstone ? La réponse facile serait « un Fifty Shades Of Grey lesbien en comic ». Il s’agit en effet d’une histoire d’amour sur fond de sexe SM (ou BDSM, ou je ne sais quel sigle serait le plus approprié, mais vous voyez l’idée quoi : corde, cravache et latex). Mais comparer Sunstone au roman qui a émoustillé l’Amérique conservatrice et re-dopé les ventes de canards vibrants serait faire injure à l’œuvre de Stjepan Sejic. Car l’auteur ne joue pas sur le frisson facile procuré par le fait de feuilleter un livre porno tout en se donnant bonne conscience en se disant que c’est pour comprendre un phénomène littéraire.

Sunstone Comic Talk Wanderer's Treasures

C’est sans doute le comic érotique le plus pudique que vous aurez l’occasion de lire de votre vie. Le sexe est omniprésent, mais les scènes de sexe sont rares, se limitent à quelques vignettes, et surtout sont représentées avec beaucoup de goût. Oui, il y a des corps dénudés, dans des tenues affriolantes, et oui, je ne vais pas vous mentir, en tant que mâle hétérosexuel, j’ai apprécié ces pages. Mais surtout il y a des ellipses. L’acte est systématiquement suggéré. L’érotisme subtilement maîtrisé pour ne pas devenir pornographie. Je sais que chaque fois qu’on lit ce genre de phrases on n’y croit pas, on se dit que celui qui les écrit n’est qu’un pervers qui ne s’assume pas et se cherche désespérément une justification. Alors je n’insisterai pas sur la charge érotique de Sunstone et je vous inviterai juste à jeter un œil aux pages disponibles en ligne qui, si elles ne sont que le « prototype » de la version papier, donnent quand même un bon aperçu de la qualité de la narration.

J’ajouterai juste que Sejic nous épargne aussi les longs discours de ratiocinations sur l’intérêt du BDSM, la liberté d’être attaché et tout ça… Il l’évoque. Parce que vu les goûts de ses héroïnes il ne pouvait pas ne pas le faire, leur passion pour le bondage étant la raison de leur rencontre. Et il importait d’établir que la relation entre elles n’avait rien de malsain, malgré les a priori liés à ce type de pratiques. Et sans doute aussi (surtout ?) parce que ça lui plait de faire une histoire sur ce thème. Mais il le fait brièvement, et surtout avec un recul et un humour à la fois désemparant et délicieux. Son but est avant tout d’humaniser ses pin-ups de papier, et il y réussit parfaitement.

Sunstone Comic Talk Wanderer's Treasures

Je vais donc plutôt vous parler de tout ce qu’il y a d’autre dans ce graphic novel. Car Sunstone est avant tout une histoire d’amour. C’est même uniquement une histoire d’amour. Celle de Lisa, qui nous la raconte à la première personne, et Allison (dite Ally). Il n’y a pas de subplot (pas encore en tous cas). Il n’y a pas de péripéties improbables façon comédie romantique de cinéma (ou façon 3 Days In Europe d’Anthony Johnston et Mike Hawthorne si vous voulez lire une rom-com géniale en comics). Juste chaque instant de la relation de Lisa et Ally détaillé à l’extrême.

On part de leur volonté d’enfin se rencontrer en personne après deux mois d’intense amitié par Internet interposé. On suit leur semaine d’angoisse passée à anticiper ce moment tant espéré et si redouté. Les préparatifs, la nervosité, les mille et une hésitations et bourdes. La première impression jamais aussi brillante qu’on l’aurait espérée et jamais aussi désastreuse qu’on l’aurait crue. Puis tout ce long week-end. On voit naître les sentiments là où les deux amies et amantes ne les attendaient pas… L’écriture est sur ce point parfaite. C’est à la fois touchant, romantique, mais aussi drôle, léger. Les deux héroïnes sont parfois aussi maladroites que tendres, et de ces petits accrocs découle un humour qui rend leur histoire encore plus belle. Parce qu’elle paraît plus vraie. Parce que c’est celle qui paraît si belle qu’on pourrait en rêver, mais dont on se dit surtout qu’elle pourrait vraiment arriver. Mais il y a aussi ce petit fond de mélancolie, peut-être instillée par ces fameuses quatre premières pages introductives. Comme si on se disait que tout ça est trop beau. On repense en permanence à ces quelques cases. A cette bague ôtée d’un doigt et passé autour d’une chaîne. Ce sentiment ne nous quitte jamais vraiment tout au long du livre, et ajoute une tension quasiment imperceptible mais omniprésente à la lecture.

Sunstone Comic Talk Wanderer's Treasures

Sans surprise les dessins de Sjepan Sejic sont absolument impeccables. Ses mises en page sont plus aérées que sur son (par ailleurs très bon) Death Vigil. Et moins stéréotypées que sur la fin de son run sur Witchblade. Les moues des ses héroïnes sont impeccables, nous faisant ressentir chacune de leurs émotions, donnant corps à cette humanité que j’évoquais plus tôt conférée par la qualité de l’écriture. Et allez, disons-le, les designs pour leurs tenues des plus réussis et feront leur petit effet.

Le livre lui-même recèle de pas mal de bonus sympa, à commencer par un récit (sous forme de comic) bien plus détaillé et intéressant de la genèse de l’œuvre que celui-ci que j’ai brièvement fait au début ce cet article. Il y a aussi le lot attendu de pin-ups et autres dessins bons et croquis préparatoires.

Alors oui, Sunstone est une histoire de sexe, avec deux superbes jeunes femmes qui s’adonnent gaiement à leur passion pour le « bondage ». Mais Sunstone est surtout une histoire d’amour touchante, drôle, romantique, à la fois belle et crédible, un peu mélancolique, et parfaitement racontée. Et ce n’est que le début, un second volume étant d’ors et déjà prévu pour dans deux mois (et sollicité dans le Previews de ce mois-ci justement). N’oubliez juste pas votre « safeword »…

Sunstone Comic Talk Wanderer's Treasures

Poster un commentaire