The Wanderer’s Treasures #73, The Eltingville Club

The Eltingville Club Wanderer's Treasures Review

Jeffzewanderer Par

J’ai un problème avec Big Bang Theory. En fait j’en ai plusieurs, à commencer par l’image de loser congénitaux que cette série donne aux fans de comics et autres aspects de la « culture geek ». Mais mon plus gros problème, c’est que sous les avalanches de références, cette série ne m’a jamais donné l’impression de vraiment les comprendre. Comme s’il s’agissait plus de clins d’œil racoleurs (« tu as vu cher geek, je parle ta langue… ») que d’une vraie passion pour lesdites références.

On pourrait se lancer dans un grand débat sur la notion de « vautour culturel », sa pertinence, etc… mais ce n’est pas le propos ici. Mon petit paragraphe anti Big Bang Theory avait surtout vocation à vous expliquer mon état d’esprit lorsque j’ai ouvert l’omnibus de The Eltingville Comic Books, Science-Fiction, Fantasy, Horror, Role Playing Club par Evan Dorkin. Je pensais y voir une version « respectueuse » de Big Bang Theory, une lettre d’amour aux comics, à la culture geek et à sa communauté des fans, pour rire tous ensemble de nos travers, de nos manies et de nos grands débats métaphysiques tels que « Wolverine devrait-il porter un costume jaune ou marron ? ». Quelle erreur.

De prime abord on pourrait pourtant croire que c’est le cas à voir les quatre adolescents composant le club, Bill, Josh, Pete et Jerry foirer lamentablement un concours de cosplay, se défier  coup de quizz pour une figurine collector de Boba Fett ou se lancer dans un marathon de The Twilight Zone (La Quatrième Dimension). Leurs disputes homériques et leur propension à tout faire tourner à la catastrophe sont le sel comique des péripéties des ces quatre amis. Mais une lecture plus attentive, et surtout continue (de l’intérêt d’un omnibus) commence à faire naître un doute. Parce que ces soi-disant amis passent en fait le temps à se disputer, pire, à s’insulter et se battre. Parce que leurs passions s’expriment souvent en dénigrant celle des autres, ou même ce qu’ils prétendent aimer. Parce qu’ils ne supportent pas tout ce qui n’appartient pas à leur petit cercle… Bref parce qu’ils sont un ramassis de petits c******* agressifs et intolérants. Puis le déclic se fait.

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Eltingville n’est pas une lettre d’amour, c’est une lettre d’insultes. C’est la missive d’un auteur furieux à destination des fans « toxiques » qui inondent les forums et sections commentaires haineux, misogynes et autres joyeusetés. C’est Evan Dorkin qui règle ses comptes avec ceux qui gâchent le plaisir d’aimer les comics et de partager cette passion. Et c’est là que l’amour se terre, dans cette volonté de défendre les comics et autres geekeries contre ceux qui finiraient par tout brûler pour ne pas partager. C’est un « fuck you » aux précurseurs de Comicsgate, aux enragés, aux intolérants. Les vannes sont cruelles parce que les caricatures de fans que sont Bill, Josh, Pete et Jerry le méritent.

Au-delà de son thème, The Eltingville Club est une série comique très bien ficelée, les péripéties de nos quatre pieds nickelés donnent lieu à d’excellents gags. Tout est matière à un éclat de rire, des références les plus obscures aux passions les plus aberrantes (Pete et sa fascination pour l’horreur, et le pire c’est que la fiction n’est pas loin de la réalité…). Les propriétaires de comic shops qui préfèrent jouer les cerbères que les Saint Pierre en prennent pour leur grade aussi (pensez au comic book guy des Simpsons, en pire). Le fait de lire la série en continue permet en plus de voir le développement des personnages, un phénomène assez rare dans une série purement comique. On voit ainsi Bill devenir de pire en pire, entraînant les autres avec lui, et le très discret Jerry devient la petite lueur d’espoir, le personnage pour lequel on sent que l’auteur a un petit faible. Le dessin, sombre et agressif, avec des noirs épais, des cases chargés, est à l’image de ce qu’on imagine être l’humeur d’Evan Dorkin quand il écrivait la série. C’est un artiste qui se défoule, qui règle ses comptes. Même le lettrage semble refléter cette colère.

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Récompensée par trois Eisner awards de la meilleure histoire courte, The Eltingville Club peut se lire au premier degré, comme une très bonne succession de gags, mais c’est aussi une série qui a quelque chose à dire. Règlement de compte, cri cathartique d’un auteur et surtout d’un fan ulcéré, Eltingville gagne à être découverte. Et le bonus sur les snobs qui en jurent que par les comix alternatifs, s’il tient plus de la boutade, constitue quand même un dessert appréciable.

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