The Wanderer’s Treasures #9, X-23 : Touching The Darkness

X-23 Wanderer's Treasures Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Bienvenue dans la nouvelle édition de The Wanderer’s Treasures. Au programme cette semaine, comme ça avait été le cas avec The Sixth Gun, c’est sur une série en cours que nous allons nous pencher : celle de l’autre griffue de chez Marvel, qui a récemment eu l’honneur d’apparaître dans Marvel versus Capcom 3, j’ai nommée X-23.

Et si on créait un clone de Wolverine qui serait une adolescente ? C’est à peu près ainsi qu’on pourrait à première vue résumer le concept de X-23. Et la réponse devrait selon toute vraisemblance être quelque chose dans les lignes de « Are you fucking shitting me ?! » (merci M. Powell). Mais pour le coup s’arrêter à la première impression serait une grossière erreur. En effet, depuis sa création dans le dessin animé X-Men Evolution et son introduction dans les comics via NYX puis Uncanny X-Men, X-23 est apparu dans deux mini-séries, New X-Men et X-Force. Et elle s’est révélée être un excellent personnage, bien différent de son modèle plus hirsute. La très bonne série régulière, écrite par Marjorie Liu (Dark Wolverine, Black Widow), qui lui est consacrée ne fait que confirmer cela. C’est donc au dernier arc en date de cette série, Touching The Darkness (#10 à 12) illustré par Sana Takeda (Miss Marvel), que nous allons nous intéresser plus en détail.

Le thème principal de la série est la quête d’identité d’X-23, alias Laura Kinney. Créée exclusivement pour être une arme sans conscience, la jeune fille cherche à devenir un être à part entière. Elle quitte donc Utopia (l’île servant de refuge et de pays aux mutants) et, accompagnée par Gambit dans son voyage (on y reviendra), part à la recherche de réponses à ses questionnements existentiels. Au cours de son périple elle a déjà croisé pêle-mêle Miss/Mister Sinister, des pirates et Daken (le fils de Wolverine). C’est juste après cette quasi réunion de famille que l’arc qui nous intéresse commence, à Paris, où Gambit a amené Laura pour se détendre.

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Commençons déjà par évacuer la question de l’intrigue, qui tourne autour d’un trafic detrigger scent, un dérivé du composé chimique créé par le projet Arme X pour déclencher chez X-23 d’incontrôlables accès de rage. Le composé a été modifié et agit maintenant sur n’importe qui. Notre héroïne et ses alliés vont donc démanteler ledit trafic, ce qui donnera lieu à des scènes d’action sympathiques. Le récit se fait ainsi sur un bon rythme ; et on a en guise d’épilogue l’introduction d’une nouvelle méchante mystérieuse qui devrait alimenter bien dessubplots dans les mois à venir. L’affaire est rondement menée par Marjorie Liu et donne lieu à une aventure courte et classique mais plaisante. Mais ce qui fait la force de cet arc, et montre tout le talent de la scénariste, ce sont les relations qu’elle tisse entre les personnages.

Car X-23 n’est pas seule. On sait déjà qu’elle est accompagnée de Gambit. Mais pour l’occasion le cajun, inquiet des tendances autodestructrices de sa protégée, a demandé à Wolverine de les rejoindre. Et celui-ci n’est pas non plus venu seul, puisqu’il est accompagné de Jubilee (devenue un vampire depuis Curse Of  The Mutants, le premier arc de la nouvelle série X-Men). Ces quatre personnages sont liés entre eux tant par leur histoire que par les thèmes qu’ils incarnent et la scénariste orchestre à merveille leurs interactions, le tout servi par des dialogues impeccables. Gambit et Wolverine sont les deux solitaires qui se retrouvent mentors d’une jeune fille, un rôle auquel Logan est habitué mais plus nouveau pour le cajun. Pourtant force est de constater que sous la plume de Liu, ce contre emploi lui sied parfaitement et donne l’impression d’une évolution naturelle du personnage. Pour le coup c’est plutôt Logan qui fait figure de mentor défaillant, malgré le lien qui l’unit à X-23, et c’est Gambit qui le lui fait remarquer dans une scène très juste. Quant à Jubilee, elle est récemment passée par le même stade que Laura dans la mini-série Wolverine/Jubilee, écrite elle aussi par Marjorie Liu. Elle a dû lutter pour que sa transformation en vampire ne fasse pas d’elle un monstre. Bref lutter contre sa nouvelle nature, comme X-23 lutte contre ce que le projet arme X a voulu faire d’elle. La relation d’amitié qui naît entre les deux jeunes filles est très bien écrite et on espère qu’elle sera exploitée judicieusement par la suite.

Ce dernier point nous amène au seul bémol à apporter au travail de Marjorie Liu. La scénariste écrit en général de très bons arcs où  ses personnages évoluent, mais elle semble tout oublier et repartir de zéro dès le début de l’arc suivant. Ainsi, Laura semblait déjà avoir trouvé des réponses à ses angoisses dans les arcs précédents, et pourtant on la voit repartir de rien au début de celui-ci. C’est un peu frustrant. Mais ce dernier arc est d’une telle qualité qu’on est tenté de pardonner à Marjorie Liu et on se bornera à espérer qu’elle ne reproduise plus son erreur.

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Pour ce qui est du dessin, Sana Takeda est au sommet de son art. Malgré un nom à consonance nippone, c’est du côté de la Corée et du Manwah qu’il convient de regarder pour caractériser le style de l’artiste. Comprenez qu’on garde le dynamisme et les lignes de vitesse caractéristiques du manga (atténuées pour ces dernières), ce qui donne des scènes d’actions aussi explosives qu’efficaces. Mais on substitue la couleur au noir et blanc. Des couleurs à l’aspect certes « digital » mais qui confèrent un aspect enchanteur, presque onirique à l’ensemble. Et le tout sans nuire le moins du monde à la narration, même si le récit est clairement sombre et urbain. Les visages des personnages sont à mi-chemin entre Asie et Occident, évoquant dans les grandes lignes le trait du mangaka Kya Asamiya (Silent Moebius, Batman Child Of Dreams, Uncanny X-Men) mais en beaucoup plus raffiné et délicat. J’en veux pour meilleure preuve le petit sourire de Laura à l’avant dernière case du récit. Et surtout les yeux des divers personnages, pas du tout gigantesques, sont remarquablement expressifs. Il n’y a qu’à voir le regard mélancolique d’X-23, qui contraste avec celui paradoxalement plein de vie de Jubilee. Gambit et Wolverine ne sont pas en reste et Sana Takeda sait leur conférer ce qu’il faut de dureté tout en la tempérant par leur inquiétude à l’égard de leurs protégées. Plus globalement les designs des personnages en civil sont très réussis, chacun ayant son style. Et si on ne reconnaît pas vraiment Paris (mis à part l’inévitable tour Eiffel et un bel effort pour une vue des toits de la ville), on a au moins l’impression d’être dans une ville plus européenne qu’américaine. Bref Sana Takeda est au sommet de son art et le seul regret qu’on aura c’est qu’elle ne soit pas l’artiste régulière de la série. Espérons qu’elle reviendra bientôt.

Touching The Darkness est donc un excellent arc d’une très bonne série qu’il serait dommage d’ignorer. Déjà qu’il n’y a pas tant d’héroïnes Marvel qui ont leur propre titre, il serait dommage que celui-ci ne dure pas malgré sa qualité. Marjorie Liu fait d’X-23 un personnage touchant et gère brillamment les relations entre les divers protagonistes. Sana Takeda illustre superbement l’ensemble et sublime le récit. Cet arc n’a pas encore été édité en trade paperback, mais cela devrait logiquement se faire après que celui du crossover « Collision » (avec Daken) soit sorti. La série X-23 n’est pour l’instant pas traduite en français, mais espérons que Panini remédiera bientôt à cela. Sur ce, il ne me reste plus qu’à vous laisser en compagnie de Laura Kinney pour errer dans la ville lumière

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