Thor : Ragnarok, la critique

Thor-Ragnarok- Comic Talk

Jeffzewanderer Par

 Sorti depuis désormais deux bonnes semaines, Thor : Ragnarok réalisé par Taika Waititi est salué quasi-unanimement par le public et la critique comme le film de la rédemption pour la seule franchise Marvel Studio qui semblait peiner à trouver sa voie (ou voix, au choix). Mais comme sur Comic Talk on (lire « je ») n’aime pas faire comme tout le monde, voici une critique rapide qui jouera le rôle de la voix dissonante dans le chœur des louanges.

Point break

Le ton du film avait été donné dès la première bande-annonce : ça avait beau être la fin du monde, on était là pour se marrer. Blagues, vieux rock énervé, couleur pop qui éclatent, bref un cocktail d’humour et d’action épique. Au moins on ne pourra pas crier à la tromperie. Quoi que… Si la promesse d’un maximum de blagues, gags et autres vannes à la minute est tenue, pour l’action épique on repassera. Non pas qu’il n’y ait pas d’action, loin s’en faut, mais le parti pris de la comédie permanente pour lequel le film a opté sape totalement la dimension épique. Il est en effet difficile d’être pris aux tripes par les enjeux d’un film qui lui-même ne se prend jamais vraiment au sérieux.

Le troisième volet des aventures du Dieu du Tonnerre est en effet une succession quasi-ininterrompue de gags, qui vont de l’humour « slapstick » au second degré revendiqué en passant par toutes les nuances y compris les moins inspirées (non, le mot « anus » n’est pas en soi marrant, et l’ajouter dans un nom ne donne pas forcément une bonne blague, désolé). Thor lui-même est présenté comme un personnage burlesque, ne nous offrant que des aperçus trop fugaces de la majesté qu’on attendrait pour un personnage de son envergure. Ce traitement comique du héros ne date pas d’hier, ainsi qu’un article de nos estimés confrères de Comicsblog le rappelle très bien. Mais il atteint ici un paroxysme qui vient perturber tout le récit.

Surtout que la méthode est appliquée à l’identique pour tous les autres protagonistes, qu’il s’agisse de Banner/Hulk (Mark Ruffalo), la nouvelle venue Valkyrie (Tessa Thompson), ou les méchants Skurge (Karl Urban), Surtur et même Héla (Cate Blanchett). Seul le trio Odin (Anthony Hopkins, très digne et touchant), Heimdall (Idris Elba toujours aussi granitique que charismatique) et Loki (l’inévitable Tom Hiddleston) en réchappe. Les deux premiers parce qu’on leur épargne les pitreries, le troisième parce que ça sied à son personnage.

Cette volonté de recherche de l’éclat de rire permanent est révélatrice de deux tendances. La première est celle d’Hollywood à reproduire ce qui fonctionne. Le dernier grand film d’action cosmique de Marvel qui a fait un immense succès, Guardians Of The Galaxy, jouait à fond la carte de la comédie, de la musique rétro cool et des couleurs flashy, la recette est donc recyclée. La seconde est la confirmation que Marvel ne sait vraiment pas quoi faire de Thor, déjà un brin gênant dans le contexte d’un film Avengers (il avait quand même été gentiment mis à l’écart dans Age Of Ultron, et était carrément persona non grata pour Civil War), il se cherche à chaque film solo. on est en effet passé d’un film quasi intimiste insistant sur la découverte de son humanité, à une fresque de fantasy qui lorgnait du côté de l’épique, à de la pure comédie SF. La recherche d’humour, si elle est une constante, a elle aussi évolué. Discrète dans le premier film, elle s’est faite plus présente dans le deuxième en reprenant le thème du décalage entre la dimension divine du héros et notre monde, pour devenir la matrice du troisième volet.

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What are you a god of ?

Mais après tout, est-ce si grave ? Comme vous devait le subodorer à la lecture des précédents paragraphes, je serai assez enclin à dire que oui. Par préférence personnelle d’abord : autant j’aime que mon Spider-Man, mon Rocket Raccoon ou mon Iron Man soient drôles, autant je trouve inapproprié que Thor, Wolverine ou Captain America donnent dans le même registre. Mais admettons que ce ne soient là que mes goûts pour certaines interprétations de héros alors que d’autres pourraient être toutes aussi légitimes (Spidey a bien eu une phase très sombre en comics dans les années 90, et le Wolverine maître d’école de la série Wolverine & The X-Men était assez loin du bad ass que j’apprécie mais quand même « officiel »).

Mon second argument pour fustiger le déluge de gaudriole qu’est Ragnarok est, je crois, un peu plus objectif et a été déjà évoqué : la quête permanent du gag nuit à l’intensité dramatique. Ragnarok c’est la fin de tout, la ruine et la dévastation. Et ni les personnages ni le scénariste ne semblent prendre la chose au tragique. Chaque tirade dramatique sonne creux. Chaque affrontement (à un ou deux près, le tout premier notamment) qui devrait être grandiose perd son panache quand il vire à la pantalonnade. Guardians Of The Galaxy, source évidente d’inspiration, avait su par exemple éviter cet écueil. Pour ne citer que le second, autant la scène d’ouverture été utilisée comme un ressort comique (avec mini Groot qui danse, la bêtise de Drax…) parce qu’elle n’avait pas d’enjeux, autant les scènes vraiment importantes (l’évasion de Rocket et Yondu, le combat final) étaient traitées sérieusement, et si gag il y avait (le Pacman de Star Lord) il était fugace. Ici tout combat devient un gag. En fait, TOUT devient un gag : la coupe de cheveux de Thor, le moment où après un grand speech il veut casser une vitre et se reprend son projectile en pleine poire…

Mais admettons que je sois devenu précocement un vieux c** atrabilaire, et qu’une comédie Thor soit un partis pris légitime. Admettons même que les gags ne m’aient déplu que parce que je contestait le parti pris initial, et que dans un autre contexte ils m’aient fait rire (j’en doute mais admettons…). Le film en deviendrait-il bon ?

Et bien pas vraiment. Si on enlève la dimension burlesque, on a un scénario franchement simpliste, sans véritable rebondissement. Tout est en effet très linéaire et même la pirouette finale est trop évidente pour vraiment étonner. Hela est une vilaine « jetable » dans la plus pure tradition des films Marvel (Loki excepté), à la motivation unidimensionnelle et simpliste. Valkyrie est là parce qu’il faut bien un premier rôle féminin, que Natalie Portman a décliné (non pas qu’on la regrette vraiment, soyons juste…) et que Syf n’avait pas l’aura pour assumer. Son côté héroïne déchue est trop convenu pour susciter autre chose qu’une impression de déjà-vu. Jeff Goldblum fait du Goldblum. Chris Hemsworth est… blond et musclé. Difficile de parler objectivement de sa performance, tant elle est conditionnée par le parti pris que j’essaie d’occulter pour ce dernier paragraphe. Mais on peut affirmer que le héros n’a pas vraiment à être bouleversé dans ses certitudes par les péripéties qu’il traverse (il y a des méchants, il tape). Mark Ruffalo est par contre plutôt juste. Reste sinon une relation Thor/Loki qui fonctionne toujours, même si on commence à connaître la chanson. Enfin on trouve ça et là quelques rares moment de grâce, qu’il s’agisse de séquences émotion ou d’action (en gros les seules fois ou une vanne ne vient pas péter l’ambiance solennelle). Et c’est tout.

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Thor : Ragnarok tente, on ne peut pas lui enlever ça. Le film opte pour une identité très marquée, et surtout très inspirée des Guardians Of The Galaxy. Seulement la recette « 100 % comédie » ne fonctionne pas. Parce qu’elle n’est pas la bonne pour ce personnage. Parce qu’en plus elle est mal appliquée, le cuistot ayant eu la main trop lourde sur les ingrédients. Du coup elle ne parvient pas à cacher les faiblesses du film (scénario plat, personnages unidimensionnels), et au contraire devient une faille de plus en gâchant la dimension épique qui aurait pu sauver le long métrage. Ou alors je suis un rabat-joie (mais fan de Homecoming et des Guardians, et qui reprochait son côté morose à Logan, on me sauvera donc peut-être. Ou on m’achèvera avec Justice League). 

2 Responses to Thor : Ragnarok, la critique

  1. PurpleTax dit :

    Je suis d’habitude plutôt d’accord avec vous. Et cette fois-ci… aussi. Malgré ma haute tolérance à l’humour débile et mon indulgence envers des films Marvel un peu trop formatés, malgré mon enthousiasme pour les Gardiens de la Galaxie et Spiderman Homecoming… le film m’a laissé une drôle d’impression, plutôt qu’une impression drôle.
    L’humour et le scénario se révèlent trop débiles, même pour moi. Hélas, Hela n’a que peu de charisme et se contente pour l’essentiel de balancer des couteaux un peu partout. Le grand maître est… Jeff Goldblum, et cela est bon, parce que j’adore Jeff Goldblum. En fait, j’aurais préféré une adaptation déjantée de Planet Hulk avec un grand maître disposant de réels pouvoirs et Thor en guest star, plutôt qu’un Ragnarok maladroit récupérant Hulk au passage. Voilà, encore plus de Jeff Goldblum et un humour un peu moins primaire, tout de même. Si, si, c’est compatible ! ^_^

  2. Eddy Vanleffe dit :

    J’ai détestée ce film pour toutes les raison que tu avances dans cet article.
    le problème à mon sens n’est pas qu’ils ait voulu faire une comédie mais simplement dans le fait que les gags ne sont pas drôles du tout. c’est parfois affligeant et gênant à regarder.(la querelle entre Hulk et Thor où ils se traitent de gamins, c’est…..comment dire un moment où j’ai failli partir)