Wandavision, ou : pourquoi les théories de fans les plus compliquées sont toujours fausses

Wandavision Comic Talk

Jeffzewanderer Par

ATTENTION SPOILERS : ATTENDEZ D’AVOIR FINI LA SERIE WANDAVISION AVANT DE LIRE CET ARTICLE.

La série en streaming sur Disney Plus mettant en scène Wanda Maximoff (Elisabeth Olsen) et un Vision (Paul Bethany) mystérieusement ressuscité dans une ambiance de sitcom vient de s’achever. Semaine après semaine, révélations après révélations, elle a donné lieu à une kyrielle de théories, qui allaient de l’introduction du multivers à celles des mutants des films X-Men de la Fox au sein du Marvel Cinematic Universe de Marvel Studios, en passant par celle de tel ou tel obscur personnage issu de comics qui le sont encore plus.

Comme beaucoup  des théories de fans, celles-ci étaient souvent très élaborées, et s’appuyaient tant sur des faits incontestables (Evan Peters, qui reprend le rôle de Quicksilver alors qu’il l’incarnait dans les films X-Men de la Fox, pas dans le MCU) que sur le moindre détail qu’on pouvait dénicher ça et là (les fausses pubs en milieu d’épisodes). Mais surtout, le point commun de toutes ces théories (si on excepte le twist sur la réelle identité d’Agnes/Agatha Harkness, tellement téléphoné que même moi je l’ai vue), c’est qu’elle se sont toutes révélées fausses. Comme la plupart des théories de fans. Et ce n’est finalement pas très étonnant.

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Une des caractéristiques de la pop culture, et peut-être encore plus particulièrement sa de sa partie issue comics et de tout ce qui s’y rattache,  c’est que ses fans les plus dévoués développent un attachement et une connaissances des œuvres qui la composent largement plus poussée que les créateurs eux-mêmes. La frange la plus passionnée des fans de Spider-Man ou des X-Men connaît certainement beaucoup mieux l’histoire de ces personnages que les auteurs qui écrivent leurs aventures tous les mois (sauf Mark Waid, mais Mark Waid est un monstre) et même que les éditeurs, gardiens officiels du temple. Cette connaissance hyper poussée est un signe de fierté, et même un gage d’authenticité de l’amour portée à l’œuvre (avec ce que ça peut avoir de dérive idiote, comme de qualifier ceux qui s’y connaissent moins de « faux fans », pour ne citer que celle-là).

Ces fans hyper calés sont ainsi les premiers à échafauder les théories les plus complexes, forts de leur science. Et c’est exactement pour ça qu’ils se plantent aussi souvent. Justement parce que ces théories font appel à des connaissances beaucoup trop poussées pour pouvoir être ensuite exposées au grand public, par essence majoritaire, qui n’a pas les données pour les comprendre. Il ne s’agit pas là de traiter ledit grand public de ramassis d’imbécile, mais simplement de souligner qu’il est déraisonnable d’attendre du spectateur moyen qu’il connaisse forcément les moindres détails de chaque personnage qu’il suit. En d’autres termes, ce qui bloque souvent avec les théories de fans, ce n’est pas tant les concepts qu’elles manipulent, mais plutôt a quantité industrielle de données factuelles qu’elles nécessiteraient de connaître pour pouvoir être comprises.

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Prenons un exemple tout bête : le multivers et le fait que l’arrivée du Quicksilver de la Fox dans le MCU préfigure l’arrivée des autres mutants. Ce n’est pas en soi le concept du multivers qui est incompréhensible pour le grand public. Spider-Man : Into The Spider-Verse repose sur ce concept, Avengers : Endgame s’y réfère, et si Dr Strange And The Multiverse Of Madness n’a pas le titre le plus mensonger depuis Joker de l’histoire du cinéma, on devrait en reparler très vite. Mais, introduire les mutants de la Fox par le biais de cette théorie implique nécessairement que le public soit familier de ces personnages. Sinon les introduire n’a pas de sens. Et on parle d’un univers qui a débuté en 2000 avec le premier film X-Men. Et même si on veut être sympa et partir de Days Of Future Past (2014) ça fait quand même un paquet de données à emmagasiner. Bref, on demanderait aux fans du MCU de connaître en plus tout l’univers mutant de la Fox. Je le connais. Vous qui lisez cet article le connaissez peut-être. Mais moi je lis des comics depuis plus de 20 ans et vous peut-être encore plus. Allez donc demander à votre pote qui a juste aimé le dernier Avengers ce qu’il en pense.

On pourrait répliquer que ces données factuelles ne sont pas en soi si compliquées à comprendre, et revenir au fait de considérer le grand public comme un troupeau d’abrutis. Et c’est vrai que les théories de fans prennent en général le soin de rappeler minutieusement chaque fait qu’elles utilisent, de tout expliquer. Et que Wikipedia ce n’est pas fait pour les chiens. Sauf qu’il ne faut pas perdre de vue qu’un film ou une série, ce n’est justement pas une entrée Wikipedia ou une vidéo explicative Youtube. L’exposition est parfois un mal nécessaire dans une histoire, mais la maxime de tous les bons auteurs est « show, don’t tell ». « Montre, n’explique pas » pourrait-on dire dans la langue de Molière. Balancer les tartines d’explication nécessaires pour que le spectateur moyen puisse comprendre ce qui se passe viendrait complètement ficher en l’air tout le rythme de l’intrigue. Et la satisfaction intellectuelle potentielle ferait de toute façon pale figure par rapport au plaisir de suivre un récit fluide et efficace.

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A l’inverse, le twist sur la réelle identité d’Agnes, la voisine indiscrète, est très simple. Certes il repose sur l’usage d’un personnage pour le moins obscure (Agatha Harkness donc) mais il est en fait une simple révélation des motivations cachées d’un personnage comme on en voit souvent dans la fiction. Et les « explications » livrées à l’épisode 8 ne sont pas un cours pour expliquer qui est Agatha dans les comics et ses liens avec Wanda, mais simplement la présentation d’un personnage via un flashback, et l’exposition de ses motivations sous couvert de révélations sur le passé de Wanda. C’est accessoirement l’occasion de lever le voile sur le passé  de l’héroïne, finalement peu développé dans les films, ce qui permet de faire d’une pierre deux (voire trois) coups. C’est habile et efficace. Et encore, même comme ça, l’épisode n’est pas forcément le plus palpitant de la série, vu qu’au final au-delà des explications, il ne s’y passe concrètement pas grand-chose.

C’est pour ça que relever le moindre micro détail d’arrière plan, qui renvoie à une histoire publiée 10 ou 20 ans plus tôt, et en faire la pierre angulaire d’un édifice intellectuel aussi remarquablement cohérent que complexe est un passe-temps génial, mais sûrement pas un bon moyen de construire une bonne histoire qui pourra plaire au plus grand nombre. Et donc que plus une théorie est complexe, et fait appel à des connaissances poussées, plus elle a de chances d’être fausse. Les meilleures histoires s’écrivent avec le rasoir d’Occam.

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