WinterWorld vol.1 : La Niña, la review

WinterWorld Comic Talk Review

Jeffzewanderer Par

Le prolifique scénariste Chuck Dixon est avant tout connu pour ses runs sur Nightwing, Robin, Birds Of Prey ou encore le Punisher. Mais entre 1987 et 1988 il a aussi créé une mini-série intitulée WinterWorld avec Jorge Zaffino. Méconnue mais devenue néanmoins culte, épuisée pendant plus de 20 ans, elle a récemment été rééditée en trade paperback par IDW. Mais surtout elle a connu une suite chez cet éditeur, lancée en 2014, toujours écrite par Chuck Dixon et dessinée par Butch Guice (dont a  notamment vu le travail sur le Captain America d’Ed Brubaker ou plus récemment sur Secret Avengers). C’est du trade paperback intitulé La Niña, regroupant les quatre premiers numéros de cette suite, que je vais vous parler à présent.

Come wind, come snow, come winter land…

WinterWorld se déroule dans un futur indéterminé où notre belle planète a été plongée dans un hiver permanent et recouverte de neige et de glace. On y suit les tribulations d’un baroudeur nommé Scully, de sa protégée Wynn et de leur blaireau plus ou moins apprivoisé Rah-Rah. Et si je devais résumer ce premier trade en une phrase, je dirais que c’est The Last Of Us dans la neige. Les relations entre la jeune Wynn et son taciturne protecteur évoquent en effet irrésistiblement celles qui unissent Joel et Ellie dans le jeu de Naughty Dog. On retrouve l’enthousiasme communicatif d’Ellie chez la jeune Wynn, ainsi que ce mélange d’optimisme, voire de naïveté, mais aussi de débrouillardise. Impertinente, drôle, elle est immédiatement attachante et incarne un parfait contrepoids narratif par rapport à Scully.

Lui est plutôt l’archétype du bad ass peu causant, habitué à la survie dans un mode toujours hostile. Mentor sachant faire preuve de tendresse, cynique qui semble prêt à tout, il est un personnage classique mais très bien écrit. Et les quelques interventions de Rah-Rah apportent une touche comique bienvenue. Les autres protagonistes du récit, vilains ou simples intervenants, sont moins travaillés que les deux héros. On les croise en général le temps d’une rencontre puis on les oublie. Mais chaque fois ça donne lieu à une scénette réussie. Les membres du groupe à l’origine de la dernière péripétie narrée dans ce trade sont eux un peu plus travaillés. Mais c’est surtout la raison d’être de leur groupe qui retiendra l’attention.

Bref vous l’aurez compris, c’est avant tout la relation entre Wynn et Scully qui fait l’attrait de ce nouveau volume de WinterWorld. Parfaitement mise en scène, donnant lieu à des dialogues savoureux et à des scènes tantôt poignantes, tantôt spectaculaires, et même drôle parfois (le moment ou Wynn et Rah-Rah prennent une poudre blanche stockée dans un entrepôt abandonné pour du sucre…).

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The final frontier, of utter solitude, of wilderness untamed…

L’univers de WinterWorld n’est pas mal non plus, mais il constitue peut-être l’obstacle principal pour le fan qui voudrait commencer la série par ce trade paperback. En effet Chuck Dixon ne s’embarrasse ni d’explications ni de préliminaires. On est face à la suite de la série des années 80 et c’est raconté comme tel. Wynn et Scully sont déjà en route dès la première page, vers une destination dont on ignore tout (apparemment à la recherche des parents de Wynn, même si ce point n’est pas vraiment abordé au-delà d’une référence autour d’une phrase). En gros il faut accepter de prendre le train en marche, ou se procurer la réédition de la mini précédente. Par contre les éléments créés pour cette aventure sont très réussis. Je pense surtout au groupe évoqué plus tôt, rencontré par Scully et Wynn pour la dernière partie du tpb, et dont les motivations et croyances donnent son nom au tpb, La Niña.

Autre point qui pourra gêner un peu, le rythme de la narration est assez saccadé à part pour la dernière péripétie justement. Les séquences s’enchaînent assez brusquement, comme si tous les évènements n’étaient que des scénettes servant à poser l’univers avant d’arriver à la substantifique moelle du tpb. Mais comme ce scénettes sont toutes très réussies, on s’en accommode très bien, même si un peu plus de fluidité aurait pu être appréciable.

Les dessin de Butch Guice est quand à lui irréprochable. On retrouve son trait sobre, réaliste, et surtout épuré, l’artiste sachant parfaitement doser le niveau de détail pour chaque case. Le tout a un petit aspect un peu rugueux qui sied parfaitement au monde désolé et hostile qu’il dépeint. Et les expressions des personnages sont parfaites, ce qui contribue notamment à rendre la relation Wynn/Scully si plaisante à suivre. On mentionnera aussi la qualité des mises en pages, le storytelling étant là aussi un modèle de sobriété et d’efficacité. Enfin les couleurs de Diego Rodriguez sont impeccable, le blanc immaculé du monde de WinterWorld n’étant jamais ternes ni rébarbatif.

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LE BILAN : Pas forcément accessible si on répugne à prendre une série en cours de route (surtout alors qu’un numéro 1 en orne la couverture), à la narration parfois saccadée, WinterWorld : La Niña reste une lecture très agréable. La relation entre Wynn et Scully en est la pierre angulaire, et le principal attrait. Mais l’aventure en elle-même est aussi très fun à suivre, qu’il s’agisse des scénettes du début ou de la péripétie principale. Le tout servi par des dialogues impeccables et des dessins splendides. Et Rah-Rah est une mascotte irrésistible.

PS : Et si vous cliquez sur les titres de chaque paragraphe de cet article vous aurez droit à quelques suggestions pour une BO afin d’accompagner votre lecture.

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2 Responses to WinterWorld vol.1 : La Niña, la review

  1. Arnonaud dit :

    A savoir que Delcourt à traduit en français les deux premières mini série WinterWorld. Elles sont en noir et blanc, elles, mais elles sont très sympathiques aussi (peut-être plus denses et surtout plus orientées action je pense).
    J’ai dû lire les numéros qui composent ce premier TP de ce nouveau volume quand ils sont sortis en VO et j’avais trouvé ça plutôt sympa. Je suis très content en tout cas que Dixon puisse continuer à développer son univers. Je n’ai pas continué la série au delà du numéro #6 mais c’est pas parce que la série était vraiment mauvaise, mais plus parce que je devais faire des choix dans les séries que je suivais pour le bien-être de mon porte-monnaie.
    Bon idée de mettre en avant cet univers et cette série en tout cas !

  2. Matt (membre peu assidu de l'Amicale du geek ^^) dit :

    Effectivement lecture sympathique. Je n’ai pas senti par contre le fait d’être perdu, sans explications ou origines. Aprés tout, c’est assez minimaliste comme histoire et centrée sur les personnages donc au fond, pas vraiment besoin d’un background approfondis.
    Pour le reste, je te rejoins pour ce qui est du rythme et des personnages. Néanmoins, c’est un peu l’ABC du monde post apo avec le bas ass et son animal hors du commun chargé d’escorter une gamine, les cannibales, la solitude, la lutte pour la survie, le loot, les denrées rares vitales qui étaient à dispo avant et le lieu qui semble paradisiaque mais non :)
    Par contre, difficile de ne pas voir dans le village un hommage au film Burning Man, volontaire ou pas.

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