Wytches #1, la review

Wytches Review Comic Talk

Jeffzewanderer Par

J’avais perdu espoir en ce qui concerne Scott Snyder. Je me disais que je ne retrouverai plus jamais l’auteur qui m’avait fasciné et dérangé à la fois lors de son run sur Detective Comics avant les New 52. Je pensais qu’il ne me mettrait plus délicieusement mal à l’aise comme il avait pu le faire avec son excellent arc Skeleton Key. American Vampire ? Premier arc sympa mais convenu. Batman ? Zero Year (et avant ça de l’efficace mais manquant de cachet). Superman Unchained ? Du popcorn comic agréable, mais sans génie. Puis Wytches #1, dessiné par Jock et publié chez Image, est arrivé…

Pledged is pledged

Wytches est un pur récit d’horreur. Scott Snyder y utilise des ressorts classiques, à commencer par l’intrusion insidieuse du fantastique dans le monde réel, mais avec une maestria qui laisse sans voix. Dans ce premier numéro on suit Sailor Rooks, une adolescente, fille d’un écrivain et d’une infirmière, qui vient d’arriver dans son nouveau lycée suite à la mort mystérieuse de la fille qui la persécutait là d’où elle venait. Une tranche de vie très bien racontée, qui établit immédiatement un contraste saisissant avec la séquence d’ouverture, dérangeante à souhait.

Ce mouvement pendulaire, entre les ténèbres et la lumière, l’horreur et un ordinaire presque cosy, crée toute la tension qui fait l’attrait du récit. Et à mesure qu’on progresse au fil de ces trente pages, la séparation entre les deux se fait plus floue. Le malaise s’installe. On en apprend plus sur l’origine du traumatisme de Sailor, cette mystérieuse mort. Même la maison familiale est touchée. Mais par quoi exactement ? On reste dans l’inconnu, et ça ne rend les choses que plus terrifiantes. Quand on voit, on ne sait pas vraiment ce qu’on a vu. Et qui est cet individu qui apparaît au détour d’une case ?

Tous ces éléments s’entremêlent parfaitement. Le surnaturel est géré avec tact. Et l’autre pierre angulaire du récit, c’est le lien d’empathie immédiat qu’on établit avec Sailor et sa famille. On s’attache immédiatement à ces gens bien, on est touché par les liens qui les unissent, et on se dit qu’ils ne méritent pas les horreurs qui vont leur tomber dessus.

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What if they all know about me ?

Le dessin de Jock est quant à lui le reflet parfait de l’histoire, et on sent une osmose entre récit et illustration digne des plus grands classiques. Le trait sketchy et anguleux de l’artiste britannique est parfait pour créer des scènes d’horreur angoissantes mais jamais, au grand jamais, racoleuses. Il crée des forêts ténébreuses, oppressantes… Ses ombres sont absolument impeccables. Et à côté de ça ses scènes de vie ordinaire respirent la sérénité. Et que dire de cette avant-dernière page… Elle vous donnera des sueurs froides, je vous le garantie.

Matt Hollingsworth, en charge des couleurs, effectue aussi un travail remarquable, mettant en valeur celui de Jock. Et surtout il alterne entre des palettes lumineuses, véritablement éclatantes, quand la vie reprend ses droits, et d’autres sombres, froides, pour mieux nous faire plonger dans l’horreur. Et surtout, comme Jock avec ses ombres et Snyder avec son script, il nous fait ressentir cette intrusion progressive du surnaturel, du maléfique, dans la réalité. Même les moments que Sailor partage avec sa famille se font plus sombres, jusqu’au cliffhanger.

Et le dernier point qui rend Wytches si parfait, c’est qu’on sent que cette histoire tient à cœur à Scott Snyder. Elle est éminemment personnelle. On le comprend d’autant mieux grâce au quelques pages de texte et de photos nous racontant comment l’inspiration pour cette série lui est venue. Comme Southern Bastard est une lettre d’amour et de haine de Jason Aaron et Jason Latour à leur Sud natal, Wytches est une histoire qui n’appartient qu’à Scott Snyder et qu’il nous livre pourtant. C’est sa peur qu’il nous fait partager.

Wytches Review Comic Talk

LE BILAN : Wytches #1 est donc une réussite en tous points. J’y ai retrouvé le grand Scott Snyder, subtilement dérangeant, que j’aimais tant de dont j’étais persuadé qu’il allait se hisser au rang des meilleurs. Et il est accompagné d’un Jock de gala donnant toute sa mesure, ainsi que d’un Matt Hollingsworth qui sublime le récit. C’est une pure histoire d’horreur, superbement exécutée, reposant sur des recettes éprouvées mais qu’elle sait utiliser judicieusement en se les appropriant. Et surtout c’est une œuvre personnelle, presque intime, ce qui lui donne un véritable supplément d’âme.

Wytches Review Comic Talk

2 Responses to Wytches #1, la review

  1. jb dit :

    Merci beaucoup pour cette critique. J’étais passé a côté de ce truc.

  2. Matt (membre peu assidu de l'amicale du geek ^^) dit :

    Merci aussi, Snyder de retour? et Jock en forme? ça risque de faire un bien beau TPB

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