X-Men : Dark Phoenix, la critique

X-Men Dark Phoenix Critique Review Comic Talk

Jeffzewanderer Par

CRITIQUE GARANTIE 99% SANS SPOILERS

(c’était quand même un peu dur de ne pas dire qui tourne mal…)

Dire que tout est un éternel recommencement est un cliché qui correspond particulièrement bien aux comics, ainsi qu’aux films que ceux-ci ont inspiré. Il n’est donc pas réellement surprenant que, treize ans après The Last Stand, une nouvelle adaptation de la saga du Phoenix noir voit le jour, sous la houlette de Simon Kinberg, producteur des derniers films mettant en scène les joyeux mutants de la Maison des Idées. Malheureusement, cette conclusion du second cycle initié par First Class n’est pas l’adieu flamboyant qu’on espérait.

I get that a lot…

Premier constat : le début du film fait un peu précipité. La faute au parti pris du « un film par décennie » sans doute. Si cette idée s’était avérée intéressante jusque-là, il y a cette fois eu trop de changements. Les X-Men à peine bombardés apprentis du film précédent (Cyclops, Jean Grey, Storm, Nightcrawler…) sont des héros accomplis, connus de tous, et ont même eu le temps de tomber amoureux. Ce n’est pas si gênant du point de vue de la compréhension, mais on a quand même un peu l’impression de s’être fait « voler » au moins un film, et surtout une occasion de vraiment s’attacher à ces personnages.

Ce défaut est encore plus visible concernant la « chute » de Jean Grey, thème central du film. Son pétage de plombs est en effet trop rapide et radical pour être vraiment satisfaisant. C’est un peu le « syndrome GoT ». Les jalons étaient là, mais le basculement est trop brusque. Sachant que Dark Phoenix y ajoute un second problème : à vouloir faire chuter son héroïne et son monde, sans pour autant appliquer la technique de la « terre brûlée » qui caractérisait The Last Stand (souci pour le coup plutôt louable), on finit par ne plus savoir ce qui relève de la noirceur propre à l’héroïne attisée par les noirs secrets qu’elle a découverts, et ce qui est dû à un élément purement extérieur (le Phoenix) et donc pardonnable. Jouer sur cette ambiguïté était sans doute voulu, mais le  résultat peine à convaincre.

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Vuk ???

La méchante incarnée par Jessica Chastain contribue d’ailleurs à donner cette impression de « deus ex machina rédempteur », quand elle se retrouve bombardée racine de tous les maux des héros pour mieux les exonérer de leurs fautes. Et comme jusque là sa motivation était des plus basiques et sa personnalité inexistante (on pourrait même ce demander si elle mérite d’être compté comme un personnage), il n’y a rien pour atténuer cette impression. Elle, comme ses sbires, manquent ainsi singulièrement de charisme pour faire honneur à leur statut de méchants expiatoires que les héros dégomment dans l’acte final. La comparaison avec Avengers fait mal : le Black Order de Thanos et les millions d’outriders « chair à canon » ne valaient pas mieux niveau personnalité, mais avaient au moins de la gueule. Une trentaine de gus en costard, à côté, ça fait mesquin.

Un manque d’ampleur qui achève de miner le film. Sans dire que le précédent, Apocalypse, était une grande réussite, il avait au moins le mérite d’assumer son côté bourrin par l’ampleur qu’il essayait (parfois maladroitement, certes) de donner à ses batailles. Ici l’action est plutôt mieux filmée, avec même des passages assez ingénieux, mais on a l’impression que c’est le budget qui fait défaut. Là encore, la comparaison avec les récents Avengers fait d’autant plus mal. Au final, si le film essaie, à l’instar de l’histoire originale dans les comics, de mêler fresque cosmique SF et drame personnel, il semble avoir inversé les proportions, et relégué la partie « cosmico-épique » au second plan moins par choix que par nécessité.

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I made a world…

Pourtant, Dark Phoenix n’est pas si honteux qu’on pourrait le croire à la lecture des hectolitres de vitriol qu’il vient de se voir déverser dessus. Il possède en effet certaines indéniables qualités rédemptrices, à commencer par la qualité de l’interprétation des acteurs. James McAvoy est à ce titre particulièrement remarquable, et sert magnifiquement le personnage de Charles Xavier, dont l’écriture est pour le coup très réussis. On retrouve le Xavier plus ambiguë des années 2000 magnifiquement incarné, là où Patrick Stewart campait parfaitement le Professeur X plus idéalisé typique des années 90. Sophie Turner est aussi remarquable en Jean Grey, malgré les faiblesses d’écriture du personnage. Nicolas Hoult prend aussi de l’épaisseur en Beast, et Tye Sheridan nous fait d’autant plus regretter de ne pas plus avoir profité de son Cyclops, tant ce qu’il esquisse paraît alléchant.

Les autres protagonistes font le job, mais ont finalement assez peu d’espace pour briller. Là encore c’est rageant car ce qu’on aperçoit est vraiment sympathique. Seul Michael Fassbender semble un peu en pilotage automatique, mais il a de la marge et ça reste donc correct. Jennifer Lawrence est la seule dont on a vraiment l’impression qu’elle ne voulait pas être là, mais on la voit fort peu.

L’action est aussi bien filmé et chorégraphiée dans l’ensemble (ce qui n’était pas forcément gagné vu la palanquée de personnages dont les pouvoirs consistent à les voir tendre la main devant eux l’air légèrement constipé). Et tant qu’on est sur les qualités purement plastiques, la bande son de Hans Zimmer mérite une mention spéciale tant elle réussit à sublimer certaines scènes (sans d’ailleurs avoir recourir à des vieux classiques pop-rock, ça change agréablement). Et les costumes façon Frank Quitely sont super cools à voir à l’écran.

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Dark Phoenix n’est au final pas une réussite, hélas, et la saga la plus culte des mutants attend encore une belle adaptation. Plombé par trop de défauts pour être bon, il n’atteint pas non plus la « couche nanardogène » qui donnait son charme à Apocalypse. Mais il est loin d’être honteux tout de même. Porté par ses acteurs (surtout la paire McAvoy-Turner), et finalement plutôt bien réalisé à défaut d’être bien écrit, il se regarde avec déception mais sans déplaisir, et sait même offrir quelques petits moments qui incitent à la clémence.

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