X-Men : Grandeur et décadence Partie 1 : Le règne des Mutants

X-Men Comic Talk

Jeffzewanderer Par

Les Avengers, Daredevil, les Guardians Of The Galaxy, les Inhumans, Captain ou Miss Marvel… Tels sont les noms des têtes d’affiche actuelles de la maison des idées, sur papier mais aussi sur grand comme petit écran. Mais à une époque que les moins de 20 ans auraient quand même pu connaître (bon ils auraient été tout jeunes, mais ils l’auraient connue), ces têtes d’affiche portaient un uniforme orné d’un X et répondaient au nom d’X-Men.

Les X-Men, des super-héros mutants, craints et haïs par un monde qu’ils ont pourtant juré de protéger, au nom du rêve de leur fondateur, le professeur Charles Xavier. Et les principales vaches à lait de Marvel depuis les années 80 jusqu’au début du nouveau millénaire. A tel point que coller un X sur une couverture revenait presque à imprimer ses propres billets de banque. Et maintenant qu’en reste-t-il ? Des bisbilles entre studios de cinéma, deux séries qui se vendent pas mal, une flopée d’autres qui vivotent dans l’indifférence générale et une tombe ornée du nom de Wolverine. Mais comment en est-on arrivé là ? C’est ce que nous allons essayer de voir à travers ce dossier.

Des débuts difficiles

J’espère que les lecteurs les plus chevronnés me pardonneront ce rappel qui fait partie des tartes à la crème des comics, mais en effet à leur lancement les X-Men sont loin d’être un succès fracassant. Ils sont pourtant créés en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby, géniteurs des trois quarts (voire 90%) des personnages emblématiques de la Maison des Idées. Et les bases de ce qui fera leur succès sont déjà là : on est face à une bande de cinq jeunes mutants (Cyclops, Marvel Girl plus connue sous le nom de Jean Grey, Beast, Angel et Iceman) qui luttent pour que se réalise le rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants de leur mentor, le très patriarcal professeur Xavier.

La métaphore de la lutte contre le racisme (on est dans l’Amérique des années 60, en plein essor du mouvement des droits civiques), et plus largement contre toutes les discriminations, transparaît donc clairement dès le premier numéro. Comment ne pas penser au rêve de Martin Luther King quand on évoque celui de Charles Xavier ? Ou ne pas voir en Magneto, qui prône la supériorité des mutants jusque là opprimés sur leurs oppresseurs humains, un avatar du bien plus radical Malcolm X ? Surtout qu’il reste un personnage complexe et jamais purement maléfique, comme la plupart des meilleurs vilains créés par Stan Lee.

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Cette tension autour de la place des mutants dans le monde, qui est au cœur de la série, a d’ailleurs pour origine une anecdote amusante. Alors en pleine frénésie créatrice, Stan Lee se trouve pour le coup étonnamment à cours d’idée pour inventer une nouvelle origine scientifico-farfelue aux pouvoirs des cinq jeunes héros qu’il envisage de créer. Il décide donc de ne pas se casser la tête et de décréter que leurs pouvoirs seront donc apparus spontanément, en vertu du gène X dont ces êtres nommés « mutants » seraient porteurs.

Mais le succès commercial de ces nouveaux héros est assez relatif, malgré les efforts des créateurs (comprenant l’utilisation de recettes éprouvées comme le triangle amoureux Cyclops/Jean/Angel) et même un relooking pour les doter chacun d’un costume unique au lieu de l’uniforme jaune et bleu qu’ils portaient à leurs débuts. Si bien qu’à partir du numéro 67 la série n’est pas annulée mais il n’y a plus de nouvelle histoires, Marvel se bornant à réimprimer d’ancien numéros en changeant juste les chiffres sur la couverture. Ces « reprint years » de triste mémoire durèrent jusqu’au numéro 93. Puis vint la révolution.

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Les vrais « All-New » X-Men

En 1975 sort Giant Size X-Men #1, écrit par Len Wein et dessiné par Dave Cockrum, numéro mythique qui voit le professeur Xavier réunir une toute nouvelle équipe d’X-Men pour venir au secours de l’équipe originale, portée disparue. C’est aussi dans ce numéro qu’un petit canadien griffu, caractériel et tout de jaune vêtu, qu’on avait croisé dans Incredible Hulk #180-181, rejoint l’équipe. L’essai est transformé dès X-Men #94, première histoire originale depuis les « reprint years » qui voit l’équipe introduite dans Giant Size remplacer les X-Men d’origine (sauf Cyclops, qui reste comme leader, et les autres reviendront par la suite), et marque surtout l’arrivée d’un nouveau scénariste : Chris Claremont. Son nom deviendra par la suite indissociable des X-Men, son run initial durant jusqu’au #279, et son association avec les personnages s’étendant par la suite bien au-delà. L’arrivée de John Byrne au dessin, avec le #108, sera la dernière pierre nécessaire à la construction d’un édifice qui deviendra l’une des grandes merveilles des comics.

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Le run du duo Claremont/Byrne, des numéros 108 à 143 est en effet unanimement considéré comme le meilleur qu’ait connu la série. On leur doit nombre de story arc emblématiques élevés au rang de classiques tels que la saga de Proteus, Days Of Future Past ou surtout l’incontournable Saga du Phoenix Noir (Dark Phoenix Saga), qui introduit cette force cosmique qui joue aujourd’hui encore un rôle essentiel dans l’univers Marvel. Mais le plus impressionnant c’est que c’est à partir de cette saga que la domination des ventes de comics par les X-Men se met en place. Elle verra la série atteindre la première place des ventes, place qu’elle ne quittera ensuite que très ponctuellement, et ce jusqu’au début des années 2000. Même Batman, autre rouleau compresseur en termes de ventes, ne peut se targuer d’un tel palmarès à l’ère moderne.

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La recette du succès

Les raisons de ce succès sont finalement assez simples à comprendre, même si son ampleur reste exceptionnelle (au point que je doute que quiconque puisse prétendre l’avoir vue venir). En premier lieu la nouvelle équipe d’X-Men est incontestablement très attrayante, ne serait-ce que par sa dimension internationale. Aux cinq jeunes américains WASP (sept en comptant les ajouts d’Havok et Polaris, créés par la suite) succèdent un Canadien (Wolverine), un Russe (Colossus), un indien d’Amérique (Thunderbird), un Irlandais (Banshee), un Allemand aux airs de diable (Nightcrawler), une (quasi) africaine (Storm, qui bien que d’origine africaine est en fait techniquement américaine)… Mais surtout c’est la manière dont Claremont et Byrne (co-scénariste par la suite) écriront ces personnages qui fera leur succès.

En premier lieu ils les dotent tous de personnalités riches. Nightcrawler en est peut-être le plus bel exemple, joyeux drille en apparence insouciant torturé par son apparence inhumaine. Et les autres ne sont pas en reste : l’ingénue mais forte Storm qui deviendra une leader, le poète Colossus à l’armure d’acier… Et ces personnalités travaillées permettent de mettre en place des relations intéressantes, savant équilibre de tensions (Cyclops n’étant pas accepté par tous comme chef, à commencer par Wolverine), d’amitiés (Nightcrawler et Wolverine, mais aussi Colossus et Storm…), d’amours (Colossus et la jeune Kitty Pryde, apparue dans la série au #129 ; mais surtout le célèbre triangle amoureux Cyclops/Wolverine/Jean Grey). Ces éléments donnent un côté soap opera à la série qui fera beaucoup pour son succès et surtout deviendront des bases que reprendront tous les auteurs successifs. A cela s’ajoute bien sûr des histoires ambitieuses mélangeant la métaphore sur le racisme des origines, de la pure SF (les Shi’ar…) et des histoires plus personnelles (le cas de Proteus, fils de l’ancien amour du professeur Xavier…).

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Sur le toit du monde…

La suite de l’histoire des X-Men sera tout aussi glorieuse d’un point de vue purement commercial, le comic (renommé Uncanny X-Men) squattant donc la première place des classements de ventes, et ce même après le départ de Byrne, remplacé par le revenant Dave Cockrum puis le sous-estimé Paul Smith, le controversé John Romita Jr et surtout les futurs stars fondatrices d’Image : Marc Silvestri puis Jim Lee. Claremont et Lee lanceront d’ailleurs une nouvelle série sobrement intitulée X-Men en 1991 qui pulvérisera les records de vente de l’époque et s’installera avec sa grande sœur au sommet des charts. Parmi les artistes majeurs passés sur les séries X citons aussi par la suite Whilce Portacio (un autre futur fondateur d’Image), Andy Kubert, et surtout Joe Madureira qui révolutionnera le graphisme des comics en y injectant une dose de manga (chose encore plus osée sur un titre aussi populaire qu’Uncanny X-Men). Et on pourrait encore allonger cette liste avec des noms comme Carlos Pacheco, Leinil Yu, Brian Hitch, Chris Bachalo

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Même le départ du scénariste Chris Claremont (suite à des différences créatives), remplacé par Scott Lobdell (sur Uncanny) et Fabian Nicieza (sur X-Men, avant que Lobdell ne la reprenne aussi) n’entame pas le succès des séries, véritable arme de destruction massive commerciale.

De multiples spin-offs voient d’ailleurs le jour en parallèle, le « X » étant devenu synonyme de « $ ». Ainsi les X-Men ayant grandi Claremont lança une série mettant en scène de jeunes mutants intitulée New Mutants. Ils deviendront par la suite X-Force, sous l’égide de Cable et le crayon alors adulé de Rob Liefeld. Les cinq X-Men d’origine se réunissent pour former X-Factor, puis une seconde mouture de l’équipe, travaillant pour le gouvernement sera dirigée par Havok. On aura aussi Generation X pour remplacer les New Mutants (avec une Emma Frost repentie pour encadrer l’équipe), Excalibur pour ajouter une touche british, Mutant X pour se balader dans une réalité alternative avec Havok… Et même des spin-offs de spin-off, Cable ayant doit à sa série solo, et même X-Man (clone de Cable issu d’une réalité alternative).

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… mais avec quelques tuiles cassées.

Scénaristiquement parlant pourtant tout n’est pas aussi parfait que le succès commercial pourrait le laisser croire. En effet, avec le recul apporté par les années, on se rend compte que certaines périodes traversées par l’équipe furent peu glorieuses. Celle qui fait le plus l’unanimité contre elle aujourd’hui étant celle où les X-Men se faisaient passer pour morts après s’être apparemment sacrifiés pour sauver le monde, et opérant depuis une base secrète en Australie. Il y eut aussi la question des X-overs, surnoms donnés aux crossovers mettant en scène les X-Men et les autres équipes mutantes. Ils furent pourtant salués par la critique au début. Mutant Massacre, qui vit Mr Sinister organiser le massacre des Morlocks, des mutants vivants dans les égouts de NY, est encore aujourd’hui considéré comme une excellente histoire. Mais c’est surtout la multiplication de ces events, sur un rythme quasi annuel, qui suscita quelques critiques (malgré, répétons-le encore, des ventes au beau fixe). Certains font cependant encore l’unanimité comme le très osé Age Of Apocalypse pour lequel toutes les séries X s’arrêtent et sont remplacées par des versions alternatives se déroulant dans cette nouvelle réalité.

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Le plus gros de ces events, Onslaught (où le professeur Xavier, contaminé par la psyché de Magneto, pète les plombs et devient un super-vilain tout puissant), concerna même tout l’univers Marvel, débouchant sur la mort apparentes des Avengers et Fantastic Four et les séries Heroes Reborn (autre succès commercial et fiasco critique). Le fait que les X-Men soient à l’origine de ce type de méga event est parfaitement représentatif de l’importance des mutants aux yeux de la maison d’édition.

Les histoires ont aussi tendance à se compliquer, se faire plus alambiquées et auto référencées au point que se plonger dans la lecture des comics X relève de la gageure. Il peut s’agir du micmac temporel autour de Cable (fils de Cyclops et d’un clone de Jean Grey, envoyé dans le futur, revenu à l’âge adulte pour lutter contre Apocalypse), de son clone Stryfe (ah les clones, toujours une bonne idée, demandez à Spidey…), des X-ternals (des mutants immortels…). Et là encore on pourrait multiplier les exemples.

Une autre source de critique est la multiplication des subplots (des histoires secondaires censées s’inscrire dans la durée, au second plan par rapport à l’intrigue principale) qui ne sont jamais résolus. Citons à ce titre le virus Legacy, qui tue uniquement les mutants, le mystérieux troisième frère Summers (en plus de Cyclops et Havok) ou encore les énigmatiques « Douze » qui doivent affronter Apocalypse. Aujourd’hui tous ces subplots ont été résolus (souvent suite à une vraie volonté de Marvel de toiletter son univers), mais à l’époque (les années 90 donc) ils ont traîné des années durant, disparaissant et réapparaissant au gré des pannes d’inspiration des auteurs. Et le pire est encore à venir…

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Les premières fissures dans la façade

La fin des années 90 est tout d’abord marquée par une certaine instabilité créative, les auteurs commençant à passer très brièvement sur les deux séries X-Men, et surtout les quittant prématurément pour cause de « différent créatif ». Le cas de Steven T. Seagle et Joe Kelly fut peut-être le plus emblématique. Tous deux claquent la porte alors que leur run apporte un vent de fraîcheur sur les séries et est plutôt bien accueilli par la critique comme les fans. Les éditeurs de ces titres sont pointés du doigt, accusés de trop peser sur le processus créatif. De leur côté ceux-ci revendiquent carrément cela, trouvant légitime que puisque les auteurs passent et les personnages restent, ce soit les représentants des intérêts de la maison d’édition qui soient les gardiens du temple et surtout les décideurs en matière d’orientation créative. L’argument n’est pas en soi scandaleux, mais cette idée est poussée trop loin, transformant presque les scénaristes en rédacteurs de script pour les synopsis des éditeurs. Si bien que plusieurs articles (dans le magazine Wizard notamment) rapportent qu’écrire les X-Men serait à la fois l’un des jobs les plus prestigieux et les plus frustrants de toute l’industrie. Finalement l’anglais Alan Davis, censé assurer un run court finit par se retrouver à la tête des deux séries (et au dessin d’une d’elles). Et pour un temps le chaos s’apaise.

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Jusqu’à la sortie du premier film X-Men, première incursion majeure de Marvel à Hollywood après le succès surprise de Blade. Dès cette époque la maison des idées comprend l’opportunité que représente cette exposition aux yeux du grand public pour vendre des comics. Mais elle ne possède pas encore ce savoir faire aujourd’hui aussi bien rodé qu’exaspérant pour faire des appels du pied au spectateur de ses films. Pourtant faire revenir le légendaire Chris Claremont aux affaires, assisté des talentueuses stars Leinil Yu et Adam Kubert, a tout de la bonne idée sur papier. Surtout avec un nouveau départ pour des X-Men aux rosters réorganisés et sortant d’un hiatus fictif de quelques mois pour faire de ce début de run le parfait point d’entrée.

Sauf que les vieilles habitudes ont la vie dure, et les éditeurs s’en mêlent encore, imposant à Claremont d’utiliser des vilains dont il ne voulait pas, créés pour l’occasion et affublés du nom de Néos (référence forcée à Matrix dira-t-on). Sans compter que Claremont lui-même a perdu son mojo, et semble confirmer qu’on ne traverse pas deux fois la même rivière. Ses scénarii sont en effet de piètre qualité, les subplots se multiplient et tournent à vide. Kitty Pryde disparaît par exemple dès les premiers numéros, et aucun des ses coéquipiers ne s’en soucie. Et il faudra attendre des mois et des mois pour qu’on retrouve trace d’elle, revenant comme si rien ne s’était passé. Idem pour la romance Rogue/Colossus esquissée puis occultée. Mais surtout ces comics n’ont rien à voir avec le film, que ce soit visuellement (et ce malgré de nouveaux costumes) ou thématiquement. Le grand public ne mord donc pas à l’hameçon.

PARTIE 2 : La chute des Mutants

 

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4 Responses to X-Men : Grandeur et décadence Partie 1 : Le règne des Mutants

  1. Noisybear dit :

    Dans la prochaine partie, tu abordes « La chute des mutants » mais ici tu ne parles pas du run de Grant Morrison qui est le dernier run à avoir assuré en terme de ventes. Même si ses choix et les directions prises ont clairement emmené les X-Men a sombré.

    • Jeffzewanderer Jeffzewanderer dit :

      ça va venir mon petit Noisy :-) Et en fait je ne partage pas exactement ton analyse, mais je te laisse découvrir ça avec la seconde partie :-)

  2. Eddyvanleffe dit :

    Clairement à mon sens la franchise victime de son succés et de sa qualité. Je suis autant l’avouer tout de suite un grand grand fan du père Chris. Son run initial sur les X est un modèle du genre. Je situerai la permière faute de goût à la création de Genosha. Il a sans doute en cette fin des anées 80 se faire le pendant Bd de cette mouvance populaire en musique qui combattait L’apartheid (Johnny Clegg, U2, Simple Minds etc..) Sur le papier, le parallèle Mutants/racisme/exclusion avait évolué depuis la ségrégation des années 60 et cétait interressant à exploiter comme piste. Rapidement c’est devenu très très lourd. Le seuil du péril donnait aussi l’impression que voulait tout casser etc’était assez déprimant. Le fun se trouvait du coté d’EXCALIBUR. Ceci dit on a eu au moins dix ans d’un run assez exceptionnel avec une maitrise et des thèmes hyper interressants. J’aime assez bien quand même la période Nicieza (scénariste méséstimé je trouve) et Scott Lobdell qui ont su prolonger un peu. et puis il y eu le délire Onslaught, alors là je ne sais pas quoi dire…

  3. Eddyvanleffe dit :

    Je suis toujours obligé de couper mes posts en deux

    Sérieux, la franchise nous avait quand même habitué à des intrigues er des dangers obéïssant à la logique interne de la série (anti-mutant alternant avec l’empire Shi’ar et la terre sauvage). Mais là il y avait un je ne sais quoi de port’nawak dans cette histoire de psyché maléfique Xavier/Magénto mélangée. En ajoutant toutes idées à la con commes les griffes en Os, la regression de Wolvie, les intrigues zarbis, les amoureuses de Xavier rajoutées( quel tombeur celui là), Génosha qui n’a pas de porte de sortie. Tout ça mène irrémédiablement dans le mur.
    Le retour de Claremont a été un sabotage sans nom. Je me suis penché sur la question longuement ici:
    http://www.masog.fr/blog/claremont-the-best-at-what-he-does

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